mardi 9 février 2016
canard sauvage: OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES
canard sauvage: OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES: LETTRE OUVERTE AUX EVEQUES de FRANCE et d'ailleurs. Cette lettre a été adressée à mon Evêque pour qui j'ai un profond respect te...
OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES
LETTRE OUVERTE AUX EVEQUES de FRANCE et d'ailleurs.
Cette lettre a été adressée à mon Evêque pour qui j'ai un profond respect teinté d'amitié fraternelle. Son accueil bienveillant n'a jamais été démenti, mais bien sûr cette lettre n'a reçu aucune réponse. Je le savais d'avance.
Donc dans cette partie d'un jeu à balles perdues avec mon Eglise, jeu que je juge nécessaire au regard de ma conscience mais difficile car il n'y a que deux alternatives "rester et parler" , (encore et encore), ou partir, j'ouvre ce courrier en "lettre ouverte" à tous les évêques de France .
Vous avez ouvert la porte de la miséricorde, vous avez
appelé au pèlerinage, au retour sur soi même, à la conversion dans l’immersion de la miséricorde de
Dieu. Ce fut une très belle fête.
Pourtant, il y en a des signes et des paroles dans les écritures.....
-Quelle magnifique liturgie. Marie, la « servante du
Seigneur » que l’ombre
du très haut a fécondée se rend libre comme l’air, et court chez Elisabeth,
vieille femme sur le retour que l’on disait stérile et qui pourtant en était
déjà à son sixième mois !
-Quelle dynamique : La « servante du
Seigneur » court vers la réprouvée de la société…enfin féconde contre tout diagnostique humain (contre toute petite
intendance) car « rien
n’est impossible à Dieu ». On est loin de « la femme doit comme
Marie, se taire et garder tout en son cœur ».
- Sommet de la liturgie , l’enfant a bondi d’allégresse
dans le sein d’Elisabeth : « bien heureuse celle qui a cru : ce
qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ».
Les femmes usées par des siècles de servitude retrouvent la capacité de créer, d'oeuvrer, de participer , d'être enfin elles - mêmes pour le bien de tous....
Cette lettre a été adressée à mon Evêque pour qui j'ai un profond respect teinté d'amitié fraternelle. Son accueil bienveillant n'a jamais été démenti, mais bien sûr cette lettre n'a reçu aucune réponse. Je le savais d'avance.
Donc dans cette partie d'un jeu à balles perdues avec mon Eglise, jeu que je juge nécessaire au regard de ma conscience mais difficile car il n'y a que deux alternatives "rester et parler" , (encore et encore), ou partir, j'ouvre ce courrier en "lettre ouverte" à tous les évêques de France .
Ouvrez la porte aux femmes……
Alors, en cette période de Noël, de l’Incarnation, je vous
demande d’ouvrir dans votre âme ou dans votre cœur une porte aux femmes.
De réfléchir et de peindre sous le regard du Christ, comme on peint une icône dans le prière
et le jeûne, la réalité de
la violence que représente
l’interdiction pour celles qui se sentent appelées d’être ordonnées prêtres
ou même ( encore plus
incompréhensible ) diacres.
De réfléchir et de noter tous les points où cette
interdiction qui relève de l’archaïsme pourrait conforter une certaine violence
à l’encontre des femmes dans la famille et dans le monde . Violence que l’Eglise à juste titre condamne.
Je vous demande fraternellement cet effort
intellectuel.
je vous demande cet acte de véritable générosité sous le regard de Dieu.
Je vous demande cet effort courageux qui va peut-être contre les
inclinations de votre cœur….
En effet, depuis tant d'années que j’étudie le dossier de
l’ordination pour les femmes et en débats au Comité de la Jupe, je sais la question verrouillée à « double
tours » en ce qui concerne la prêtrise et connais bien le mutisme qui
accompagne toute demande dans ce sens.
Je me souviens d’une rencontre avec Bernard Sesboué, à
Paris, rencontre extrêmement enrichissante avec cet esprit savant et profond .
Pourtant, l’assourdissant silence qui a suivi ma question ( que j’avais écrite
et soumise avant la rencontre ) m’en a plus appris qu’un long
paragraphe doctrinal. C’est de l’ordre du tabou. Un blocage viscéral. On ne
peut en parler.
Lorsque le 6
Octobre, Monseigneur André Durocher – évêque de Gatineau – a demandé durant les
travaux du Synode de la Famille de considérer l’ordination des femmes au
diaconat, j’ai retrouvé « couleurs ». Ainsi un évêque, et pas n’importe lequel, ose dans cette importante assemblée
aborder la question ? Aura-t-on le courage de reconnaître que l’histoire
du christianisme et la théologie (qui ne présente aucun empêchement) poussent malgré lui le magistère à cette
ouverture ?
Ouverture déjà présente depuis Vatican 2, et aussi dans les modifications apportées par benoît XVI, en 2009, à l’article 2019 du Droit canonique
permettant de dissocier la
définition du diaconat de celle concernant les prêtres et les évêques.
J’ai suivi attentivement le synode sur la famille partagée
entre espoir et déception , hélas j’ai
vite reconnu le « flop
stérilisant » qui a suivi la demande.
Pourtant Mrg Durocher « a fait des liens importants
entre la violence faite aux femmes dans le monde et une vision religieuse qui
soutient leur assujettissement. Son appel à
une prise de position claire de l’Église contre la domination des femmes a
tout d’un appel à un changement de culture, pour l’Église et au-delà. » (
voir la déclaration en notes )
Ce lien est très pertinent à tous points de vue, social ,
conjugal et familial ( la position de la fille )
Et sous nos latitudes, du fait de l’actualité, on voit bien
que la femme serait la principale
victime du choc culturel qui découlerait de la crise migratoire sur notre territoire
européen. L’industrie, l’économie s’en trouveraient bénéficiaires disent les économistes, mais il n’est pas sûr que la condition
féminine au travail n’en ressente
pas les contrecoups culturels.
Tout dépendra des résultats économiques en termes d’emplois. Certains
commentaires sur le net ne sont guères rassurants.
D’autre part, je pense inutile de rappeler que pour l’Islam,
avec lequel il va falloir compter,
la femme n’a pas de personnalité juridique distincte de celle de la
famille, elle appartient au père, à l’époux, au frère .Peu de gens, en parlent,
c’est pourtant fondamental et ce n’est pas être raciste que de le dire.
Est il bon de laisser dépendre toute l'évolution de la condition féminine au seul domaine du social du profane ? Comment faire pour ne pas reconnaître que les femmes doivent tout à ce dernier et que depuis longtemps l'Eglise joue "l'interdit" envers et contre toute raison ?
Est il bon de laisser dépendre toute l'évolution de la condition féminine au seul domaine du social du profane ? Comment faire pour ne pas reconnaître que les femmes doivent tout à ce dernier et que depuis longtemps l'Eglise joue "l'interdit" envers et contre toute raison ?
L’Eglise a un rôle à jouer dans ce domaine. J’en appelle à
votre discernement pour accomplir l’Evangile dans tous les domaines de la vie
et en "témoigner" dans celui de la condition
féminine.
Hélas, je sais par expérience que les femmes sont les pires ennemies des femmes et que
peut-être certaines de celles que vous interrogez sur le sujet sont réticentes et nous condamnent . Vieux réflexe de
soumission : trancher
lorsqu’on est entravée, le "mollet" de qui veut se libérer et courir.
"Ces femmes ont
peur de la transgression et restent dans un rôle très flatteur entretenu par la
hiérarchie. Ainsi Jean-Paul 2 disait aux femmes « Ne vous plaignez pas,
vous avez la meilleure part, vous êtes dans le cœur de Dieu. Laissez-nous la
petite intendance de gouverner. » Ce discours marche très bien …" (Anne Soupa") Et puis
c’est si facile de ne pas provoquer le débat et de ronronner !
J’aime particulièrement le « laissez nous la petite
intendance de gouverner « car je me demande ce que ferait la
hiérarchie sans les petites mains qui sont dans le cœur de Dieu.
Cela me fait penser à Françoise Héritier – anthropologue
élève de Lévis Strauss – et sa théorie de la « valence différentielle des
sexes ».
Rien n’est anodin. Tout a un sens, surtout l’injustice proclamée comme raison et
comme préférence divine. Alors
quel sens ?
Serez vous en mesure d'apporter une réponse à cette demande, en toute liberté, loin des interdits qui stérilisent la pensée et les élans du coeur, sous le seul regard de votre conscience et des Ecritures ?
Nous attendons des signes, une parole....
![]() |
| Marie et Elisabeth par le peintre ARCABAS |
L’Evangile du jour nous a présenté Marie partie en hâte pour
se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison
de Zacharie et salua Elisabeth Or,
lorsqu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein
et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit.
Il y a là tant à méditer.
Ce qui lui a été dit de la part du Seigneur
s’accomplira !!!!!
Les femmes usées par des siècles de servitude retrouvent la capacité de créer, d'oeuvrer, de participer , d'être enfin elles - mêmes pour le bien de tous....
Et c’est enfin le splendide Magnificat, où se retrouvent toute
la tradition de l’Ancien Testament et la projection de l’avènement à venir
« il a élevé les humbles, les affamés, il les a comblés de bien et les
riches, il les a renvoyés les mains vides. « …
Fécondes pour le monde et l'Eglise, ces affamées sont comblées de bien et l es riches, il les a renvoyés les mains vides.
En guise de conclusion, je ne peux résister au plaisir de
copier le commentaire de Prunelle et Tatoue sur le texte du blog publié par Mgr DUROCHER
« Votre commentaire si juste ouvre l'Église au monde
présent où les femmes occupent des postes clefs dans divers champs d'action!
Souhaitons qu'il ait de l'écho et des suites favorables... Sans quoi, l'on
passe à côté de la réalité et l'Eglise va rester un "boys club" de
plus! Le Christ ne l'avait pourtant pas vue ainsi...
Un boys club de plus !!! Dans les premiers temps de l’Eglise, il
semble que ce n’était pas le cas…Mais actuellement ?
Soyez rassurés j’aime les « boys », mais pas
ainsi…. Je les aime comme je les côtoie dans le monde comme je les vois chez vos prêtres où ils se
révèlent souvent beaucoup plus ouverts et coopératifs que certaines femmes et surtout que le Magistère catholique.
Paix sur la terre aux Hommes de bonne volonté.
Jacqueline Lach-Andreae
Les statistiques les plus
récentes de l'Organisation mondiale de la santé révèlent ce fait troublant:
encore aujourd'hui, près d'un tiers des femmes dans le monde sont victimes de
violence conjugales. Pourtant, dans Familiaris Consortio, le Saint Pape
Jean-Paul II avait lancé un vigoureux appel : « Je demande à tous de s'engager
dans une action pastorale spécifique plus vigoureuse et plus incisive afin que
les offences à la dignité de la femme soient définitivement éliminées. »
Malheureusement, plus de trente ans plus tard, les femmes continuent de subir
discrimination et violence au mains des hommes, y inclus de leurs époux.
Devant cette triste et
dramatique réalité, je propose que ce Synode affirme clairement qu'une
interprétation correcte de l'Écriture sainte ne permet jamais de justifier la
domination de l'homme sur la femme. En particulier, ce Synode devrait affirmer
que les passages où Saint Paul parle de la soumission de la femme à son mari ne
peuvent pas justifier la domination de l'homme sur la femme, encore moins la
violence à son égard.
Mais il faut aller plus
loin. Pour manifester clairement au monde l'égale dignité des femmes et des
hommes dans l'Église, nous devrions reprendre la réflexion du Pape Benoît XVI
dans son discours au clergé romain en mars 2006 lorsqu'il a dit : « Il est
juste de se demander si, dans le service ministériel... on ne peut pas offrir
plus de postes, plus de positions de responsabilité aux femmes. »
Je propose donc trois
autres pistes d'action à ce Synode.
1. Que ce Synode considère
la possibilité d'octroyer à des hommes et des femmes mariés, bien formés et
accompagnés, la permission de prendre la parole lors des homélies à la Messe
afin de témoigner du lien entre la Parole proclamée et leur vie d'époux et de
parents.
2. Qu'afin de reumer des
postes décisionnels dans l'Église, ce Synode recommande de nommer des femmes
aux postes qu'elles pourraient occuper dans la Curie romaine et dans nos curies
diocésaines.
3. Enfin, concernant le
diaconat permanent, que ce Synode recommande l'établissement d'un processus qui
pourrait éventuellement ouvrir aux femmes l'accès à cet ordre qui, comme le dit
la tradition, est orienté non ad
sacerdotium, sed ad ministerium.
vendredi 3 juillet 2015
Exclusion ou l'extrême violence de la tentation de la main mise sur l'"Autre"......
Un bel article très argumenté . Il est d'une médiéviste..... à méditer.
Filles et garçons à l’autel
Véronique Beaulande : 06 juin 2015
Article paru sur le site du
Parmi les arguments utilisés pour justifier l’exclusion des filles du service de l’autel, qui tous, je l’avoue, me semblent abscons, il en est un qui m’a toujours fait penser au Moyen Âge (ceci dit sans aucun mépris pour le Moyen Âge, même si moi qui le fréquente beaucoup, vous me voyez bien aise de ne pas y vivre) :
Il paraîtrait que laisser des filles servir à l’autel aux côtés des garçons, à l’âge de l’adolescence, risquerait de troubler ces derniers. Si, si. Les hormones, que voulez-vous, et la nature masculine. (Vous ne l’avez jamais lu ou entendu ?
voyez ici : HYPERLINK "http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=86&t=10962&start=45"http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=86&t=10962&start=45 )
Loin de moi l’idée de nier que l’adolescence est une période parfois délicate pour ces jeunes, notamment en termes de pulsions sexuelles. De là à faire des adolescentes une image du péché pour les adolescents, ou à tout le moins la cause de maladresses inévitables, je trouve qu’on pousse le bouchon un peu loin. Et surtout, même en admettant que, pourquoi écarter les adolescentes et non les adolescents manifestement jugés incapables de se maîtriser ?
Quel rapport avec le Moyen Âge, me direz-vous ? Philippe de Novare, un noble italien qui vécut au XIIIe siècle, écrivait ceci : « Aux femmes, on ne doit pas apprendre à lire ni écrire, sauf si elles doivent devenir nonnes, car par la lecture et l’écriture de femme, il est advenu maintes mauvaises choses. Certains oseront leur donner ou leur envoyer des lettres ou les faire jeter devant elles, qui contiendront des folies ou des requêtes, en chanson, en rimes, ou en contes, qu’ils n’oseraient demander ou dire de vive voix, s’il n’y avait un message à envoyer. Et même n’eût-elle nul désir de mal faire, le diable est si subtil et si habile à faire pécher, qu’il la mettrait bien vite en situation de lire les lettres et d’y répondre. Quelle que soit la réponse, faible ou forte, en vue de l’anéantissement de l’ennemi ou pour signifier la faiblesse de la nature de la femme, des lettres plus louanges que d’autres finiront par mettre à mal la femme. »
Passons sur « la faiblesse de la nature de la femme » – pensée « moyenâgeuse » s’il en est –, voulez-vous. Vous trouvez peut-être que ce texte use d’arguments inverses de celui que j’évoquais à propos des filles écartées du service de l’autel : pour Philippe de Novare, les garçons incitent les filles à pécher, les garçons troublent les filles, non l’inverse. Certes. Mais la logique est exactement la même : il ne vient absolument pas à notre nobliau du XIIIe siècle l’idée saugrenue de déconseiller l’apprentissage de la lecture et de l’écriture aux garçons. L’important est que les filles ne puissent pas lire, pas que les garçons ne puissent pas leur écrire des sottises. La logique de ceux qui écartent les filles du service de l’autel est la même : il ne leur vient pas à l’idée d’en écarter les garçons. Priver les filles d’un apprentissage, chez Philippe de Novare ; priver les filles d’une forme du service divin, chez certains de nos contemporains ; pour préserver le droit des garçons à bénéficier de cet apprentissage et à faire ce service (je déteste utiliser la notion de « droit » pour évoquer un service liturgique ; mais à partir du moment où il y a bien mise à l’écart d’un des deux sexes pour que l’autre sexe puisse « être tranquille » dans ce même service, je ne vois pas comment envisager le sujet autrement).
J’invite d’ailleurs les messieurs à se révolter aussi contre l’image que ces historiettes véhiculent de leur genre : séducteurs ou trop facilement séduits, dans les deux cas incapables d’être éduqués à se bien comporter avec la gente féminine ! Là encore, passons ? Non, retour au Moyen Âge :
Pour Philippe de Novare, « l’on ne doit apprendre aux femmes durant leur enfance aucun métier pour comprendre pas plus que pour penser ». Ceci me fait penser, pour le coup, à un autre argument pour écarter les filles de l’autel : les garçons, honteux de faire un service que les filles font, ne souhaiteraient plus être enfants de chœur de peur de devoir cohabiter à l’autel avec ces êtres tellement inférieures à eux (ou au moins tellement différentes qu’on n’ose les approcher ; c’est un « truc de filles ») – et il faudrait les comprendre, tellement c’est « naturel » (oui, on sait, c’est erroné ; mais cette erreur est toute naturelle « à leur âge » et il ne faut pas traumatiser ces jeunes gens ; voyez le site déjà cité, et là, la question-réponse B5 HYPERLINK "http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.questions.cadre.html"http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.questions.cadre.html).
Allons, même Philippe de Novare pensait qu’aux garçons, on pouvait bien apprendre un métier « pour comprendre et pour penser » : au lieu d’écarter les filles, qui, notons-le, supportent très bien de servir à l’autel auprès d’un homme et de garçons en robe, éduquons ces derniers (les garçons ; voire parfois l’homme en robe…) à l’égalité des genres. Et renvoyons Philippe de Novare à ses chères études et à ses idées… médiévales.
Véronique Beaulande, docteur en histoire du Moyen Âge
PS : Le Moyen Âge n’a jamais été univoque : ne croyez pas que tous les médiévaux partageaient l’opinion de Philippe de Novare ! On en reparlera sans doute.
mardi 23 juin 2015
Fulgurances féminines ?
Le 25 Mars 2010 Le Comité de la Jupe faisait paraître un article intitulé "Fulgurance féminine".
On pouvait y écouter Élisabeth Dufourcq, docteur en sciences politiques, ancienne secrétaire d’Etat à la recherche, et auteure d’une magistrale et remarquable « Histoire des chrétiennes, l’autre moitié de l’Evangile. » (Bayard 2008) interviewée par Evelyne Montigny pour le site Croire.com .
Interview fulgurante de 15 minutes à consulter sans délai pour alimenter les réflexions personnelles de chacun…
Description :
- Pourquoi « l’autre moitié de l’Evangile »? Les femmes ont-elles une autre perception de l’Evangile que les hommes ?
- Est ce que le Christianisme aurait pu exister sans les femmes ?
- A quel moment de l’histoire, l’institution devient-elle une affaire d’hommes ?
- Vous évoquez une fulgurance féminine : comment s’exprime-t-elle à travers les siècles ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
- Est-ce que ce livre a changé quelque chose dans votre façon d’être chrétienne ?
Pourquoi ai je sorti cet article des archives du Comité de la Jupe, pour deux raisons :
1°)Lorsqu'on peut constater ça et là un retour à certains archaïsmes par soucis d'affirmer une identité catholique, la crainte du fondamentalisme s'impose. Or l'histoire nous l'enseigne la femme en est toujours la première victime.
2°)On s'habitue tout doucement à ces rétrécissement d'espace accordé aux femmes dans l'Eglise , on s'y habitue car ils sont indolores et que tant et tant de problèmes interpellant l'Institution on accepte que les choses soient remises au lendemain.
Or, il n'en n'est rien, il n'y a pas de "lendemain qui chante" pour la femme catholique, la porte a été fermée par Jean-Paul II. Il ne lui reste plus que la plume, la parole, et une incroyable patience doublée d'une solide détermination.
dans ses verts pâturages il m'a fait reposer
|
"Mais ce que femme veut" dit le dicton, "Dieu le veut" .
Au fait, s'est on penché, un seul moment, sur la volonté de Dieu dans ce domaine ?
Si on lit bien les évangiles, il est rapporté d'incroyables manifestations de familiarité de Jésus à l'égard des femmes, une familiarité totalement réprouvée par les Juifs de son temps et totalement incomprise de ses disciples hommes. D'ailleurs, ils n'ont pas attendu, dès les Actes des Apôtres, elles passent à la trappe.
Aujourd'hui on nous répond une lecture fondamentaliste du choix des 12 apôtres, en oubliant de rappeler que cette lecture d'exclusion concerne uniquement les femmes, alors qu'elle n'a ( fort heureusement !!!!!) ni souci de race ou d'identité culturelle.
Et dans ses eaux limpides, il m'a désaltérée
|
12 : quel chiffre magnifique d'universalité : les douze tribus d'Israël ....!!!!!
Serions-nous pauvres femmes exclues de "l'Universalité"?
Les femmes représentent plus de la moitié des laïcs qui se dévouent dans l'Eglise....Jusqu'à quand serons nous exclues ?
Ecoutez Elisabeth , les femmes doivent se préparer à prendre une relève dans une situation de manque de prêtres qui se révélera de plus en plus critique.
Lisez :" l'Histoire des chrétiennes - l'autre moitié de l'Evangile". Elisabeth DUFOURQ
Lisez : "Douze femmes dans la vie de Jésus" d'Anne SOUPA
Lisez : " Le Déni" de Maud AMANDIER et Alice CHABLIS et la très belle préface de Joseph MOINGT
Lisez : "Ludmila Javorovà -Histoire de la première femme prêtre"
de Suzanne YUNC - Histoire tragique.
et beaucoup d'autres encore. Nous en reparlerons.
Prenons conscience qu'il peut y avoir une tentation de fondamentalisme dans les religions monothéistes et aussi dans l'Eglise catholique bien sûr, et qu'à chaque fois ce " sont les femmes qui en font les frais".
Eh oui, je me répête.....!!!!!!
Jacqueline Lach-Andreae
lundi 22 juin 2015
la sexualite humaine : une voie à deux.
Belle contribution au Synode de la Famille du Docteur Claudine Onfrey Gynécologue spécialisée en stérilité , membre du bureau de la DCBF ( Diaconie de la Conférence des Baptisés Francophones ) et de Jean Garnier -Biophysicien - directeur de recherche honoraire .
La sexualité humaine : une voie à deux
Le synode sur la famille évoque la sexualité au travers du prisme d’hommes ayant choisi la chasteté, le célibat à vie et l’absence de vie familiale. C’est donc une vue très biaisée par une méconnaissance bien compréhensible de la sexualité d’une femme et d’un couple, confortée par des millénaires d’interdits sexuels ayant pour finalité la soumission de la femme, avec la peur de la tentation que toute femme peut représenter pour leurs vœux.
Or, dans la relation entre époux, l’entente sexuelle joue un grand rôle : une bonne entente sexuelle est source de joie et de bonheur, elle est une aide précieuse dans les difficultés de la vie quotidienne du couple. Une mésentente en ce domaine est source de souffrance et de division.
Pour autant, la sexualité ne doit être ni idéalisée, ni diabolisée. C’est dans ce domaine que se fait la fracture la plus grande entre l’Institution et la vie des baptisés. On a pu remarquer en novembre dernier que les points qui ont fait le plus de divergence, c’est justement pour les divorcés-remariés et les homosexuels l’exercice de la sexualité, en fait sous son aspect génital.
Pourtant, l’exercice de la sexualité est une fonction physiologique comme le manger, le boire, le dormir, que l’être humain va décliner de mille façons. Il débutera par le plaisir ressenti de façon fortuite, puis la recherche solitaire de ce plaisir par la masturbation en l’absence de partenaire, chez l’humain comme chez les mammifères. Mais la sexualité humaine a ses propres caractéristiques biologiques. Elle est indépendante des saisons, elle ne se développe réellement que douze à quinze ans après la naissance contrairement à nos cousins les primates dont la maturité sexuelle est atteinte au bout d’environ trois ans. Dans nos générations actuelles, la période féconde de la femme ne représente guère qu’un peu moins du tiers de son espérance de vie mais la ménopause n’entraîne pas chez elle l’arrêt du désir sexuel, parfois même il se renforce. La fréquence des activités sexuelles varie beaucoup d’une personne à l’autre, de nombreux facteurs interviennent, certains d’ordre physiologique, d’autres d’ordre circonstanciel. Cela posé, comme pour les autres fonctions physiologiques, il faut souligner l’influence de la culture, dont la religion est une composante, qui peut libérer ou asservir l’individu dans sa sexualité.
La sexualité humaine ouvre également à une autre dimension, celle de notre vie relationnelle dont elle constitue le fondement. En effet, elle est source d’attirance et d’intimité entre deux personnes. Elle permet de donner du plaisir et de la tendresse à celui ou celle que l’on aime. On peut appliquer à la sexualité le précepte de prendre soin de soi et de l’autre : « C’est là la Loi et les Prophètes. » (Mt 7, 12, Lc 6, 31) Elle doit s’accompagner d’une éthique, celle de respect, de justice et de bienveillance mutuels, quelle que soit l’orientation sexuelle. Des théologiens ont réfléchi sur cet aspect relationnel de la sexualité (voir par exemple Sr. Margaret A. Farley dans « Just Love : A Framework For Christian Sexual Ethics »). Enfin si une procréation est envisagée, elle doit être responsable.
La sexualité féminine, encore trop méconnue, se distingue de celle de l’homme par ce qu’elle demande pour être épanouie plus de temps, un esprit apaisé, un corps reposé. On parle bien du devoir conjugal, du repos du guerrier. Ces deux expressions classiques en disent long sur le fantasme d’un désir, permanent chez l’un et moins évident chez l’autre. Qui évoque les douleurs du ou des premiers rapports ? La culpabilité, la mémoire de relations difficiles et la peur de la douleur entraînent plus d’une fois une frigidité. Qui évoque le pourcentage normal de femmes dont l’hymen ne se rompt que lors du premier accouchement, entraînant absence de saignement lors du premier rapport et persistance longtemps de douleurs lors de ceux-ci ?
Est-il si évident d’ailleurs que la virginité au mariage soit la bonne solution ? On peut voir comment les jeunes générations ne la respectent plus. A contrario, une première relation sans amour, un viol, un acte pédophile et aujourd’hui l’approche par internet de la sexualité chez les jeunes peuvent laisser des blessures à vie.
Le désir d’activité sexuelle est lié de façon forte au plaisir que l’on en ressent et à la mémoire de ce plaisir. Car cette notion de plaisir gratuit est omniprésente dans l’activité humaine : de la grotte de Chauvet et ses peintures jusqu’aux arts multiples développés par l’Homme depuis la nuit des temps.
Vouloir réduire la sexualité d’un couple à la sexualité génitale est un non-sens. C’est réduire les gestes d’amour conjugaux à un temps très court. La sexualité d’un couple est présente à chaque instant. Elle a mille couleurs pour s’exprimer, les caresses, les gestes, les regards, la tendresse, l’attention à l’autre, le prendre soin. Quand la sexualité génitale n’existe plus ou ne peut exister, un couple n’est pas et ne devient pas frère et sœur. Et si l’enfant est le plus souvent le souhait de la majorité des couples, il n’en est pas chez l’être humain la seule finalité comme dans le monde animal.
Le corps humain est un instrument complexe et sensible qui lui permet d’entrer en lien avec l’autre et le monde. Dans le couple qui s’aime, la découverte de l’autre est progressive. Le plaisir dans un couple est une alchimie qui doit être apprise et sans cesse renouvelée non de façon égoïste mais parce que cela construit le couple. Dans le couple chacun peut apprendre peu à peu ce qui comble l’autre mais il restera toujours une part de mystère. De plus, le chemin de la vie est long, semé d’embûches et ce qui semble être évident sera à reconquérir. L’homme, la femme ne sont pas des robots, des machines réglées selon le même rythme. Ils sont deux instruments qui doivent s’accorder au fil du temps mais ils jouent la partition de la vie, de leurs vies.
Heureux celle ou celui qui croit que l’être aimé peut combler le manque qui est en elle ou en lui. Heureux celle ou celui qui laisse un espace de liberté à l’autre.
Claudine Onfray et Jean Garnier
L’une ex-embryologiste gynécologue spécialisée en stérilité, l’autre directeur de recherche honoraire, biophysicien.
La Sexualité humaine : une voix à deux. | Contribution n°14 au Synode sur la famille.
http://baptises.fr/…/contribution-n%C2%B0-14-au-synode-sur-…
lundi 25 mai 2015
OPINION -La réforme du collège -SUPPRESSION DES CLASSES BI-LANGUES. tiré du blog de Sylvie GOULARD
- Réforme du collège : un regard européen, et un peu d’esprit pratique, en défense des classes bi-langues et des sections européennes
Le débat autour
de la réforme du collège fait rage mais il
reste très centré sur l’hexagone, ses représentations de l’école
républicaine, ses querelles partisanes.
Les réflexions
ci-après s’efforcent d’introduire deux dimensions :
1° une mise en perspective européenne et
internationale, en exploitant des rapports de l’OCDE et de la Commission
européenne ainsi que le dernier rapport pertinent de l’Inspection Générale
de l’Education nationale qui montre bien le danger que la réforme ferait courir
à l’enseignement de l’allemand.
2° une approche pratique, celle des
parents, dont plusieurs interrogations légitimes sont laissées sans réponse.
*1. Le gouvernement a-t-il raison de considérer
que le système éducatif français est inégalitaire
D’après la
dernière étude PISA de l’OCDE, en 2012, l’Education nationale peine à réduire
les inégalités sociales. Pire, elles se sont creusées ces dernières années,
quel que soit le gouvernement au pouvoir.
« Le système d’éducation français est plus
inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant et les inégalités
sociales se sont surtout aggravées entre 2003 et 2006 (43 points en 2003 contre
55 en 2006 et 57 points en 2012). En France, lorsque l’on appartient à un
milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chances de réussir
qu’en 2003. »
- Toutefois,
l’étude PISA 2012 se concentre essentiellement sur les mathématiques. Il
n’est donc pas forcément pertinent d’en tirer des conséquences sur
l’organisation de l’enseignement des langues.
- Cette
grave carence devrait susciter une prise de conscience non partisane.
2. Faut-il prioritairement réformer le
collège ?
Une autre étude
de l’OCDE Regards sur l’Education 2014
montre que la France a un problème particulier avec son école primaire.
« Les dépenses par élève du secondaire sont 20 %
plus élevées en France que la moyenne de l’OCDE (11 109 USD, contre 9 280 USD
en moyenne), tandis que celles par élève du primaire sont inférieures de 20 % à
la moyenne de l’OCDE (6 917 USD, contre 8 296 USD en moyenne) ».
- A lire
l’OCDE, le plus urgent serait de réformer le primaire afin de combler les
lacunes dans les apprentissages fondamentaux.
3. L’enseignement des langues est-il un facteur
particulier d’inégalité ?
Le rapport 2014-083
du 1 er août 2014, Classes bi-langues
et sections européennes ou de langues orientales en
collèges (SELO) de
l’Inspection Générale de l’Education Nationale – http://www.education.gouv.fr/pid267/les-rapports-igen.html
précise bien que les dispositifs bi-langues et les sections européennes, ne
sont pas destinés à tous les élèves mais « aux élèves motivés ».
En 2013, 16%
des élèves étaient scolarisés dans des classes bi-langues (qui existent depuis
la rentrée scolaire 2002) et 10, 6% dans les sections européennes (qui
démarrent essentiellement en classe de 4ème).
Le rapport relève expressément
« une surreprésentatoin des
catégories sociales favorisées dans les deux dispositifs (…) ; le phénomène est cependant « nettement
plus marqué pour les sections européennes anglais que pour les autres. »
Il relève aussi que « dans les
collèges d’éducation prioritaire, la section européenne accueille moins de
boursiers issus de catégories sociales défavorisées que le reste de
l’établissement ». Toutefois, les inspecteurs généraux notent
aussi : « le développement
continu de ces deux dispositifs, encouragé régulièrement par l’institution,
montre qu’ils ont su répondre à une
réelle attente ». Ils « préservent une forme de (…) mixité sociale
dans les établissements les moins favorisés. »
Et aussi que « la
présence d’un dispositif linguistique comme le parcours bi-langues ou la SELO
participe indéniablement à une meilleure attractivité du collège, facteur de
mixité sociale pour les établissements classés en zone d’éducation
prioritaire».
Le rapport y revient à plusieurs reprises.
- Le
caractère élitiste de l’allemand n’est pas démontré ; il est même contesté
par les inspecteurs généraux. De nombreux témoignages de professeurs de
collèges de zones défavorisées sont disponibles sur Internet ; par
exemple http://www.lepoint.fr/societe/classes-europeennes-qu-on-arrete-de-dire-que-ce-sont-des-classes-de-privilegies-18-05-2015-1929164_23.php
- La
suppression des classes bi-langues et des sections européennes réduirait
la mixité sociale dans certains collèges dont elles sont un facteur
d’attractivité. Rappelons que ce sont les chefs d’établissement qui
composent les groupes d’élèves placés dans ces cursus. Au lieu de supprimer
ces classes et sections, on pourrait leur demander de mieux assurer la
diversité sociale des élèves.
- Le
ministère de l’Education Nationale semble sous-estimer le risque de voir
des enfants favorisés quitter purement et simplement l’école publique.
4. La France peut-elle se permettre un
nivellement par le bas en langues ?
Une étude de la
Commission européenne de 2012, SurveyLang,
sur les compétences acquises, dans deux langues, à la fin du secondaire
(lecture, compréhension, expression orale et écrite) montre que la France est très mal classée dans les
comparaisons intra-européennes.
Ces filières,
par les compétences linguistiques et l’entraînement au travail multiculturel
qu’elles impliquent, sont un atout pour
le pays. Le rapport précité de l’Inspection générale fait apparaître de
bien meilleurs résultats, en langues et dans les autres disciplines, dans les
cursus bi-langues (évaluation de l’Académie d’Aix-Marseille). Naturellement, le
rapport nuance cette constatation par le fait que ces classes réunissent
souvent de bons éléments mais on peut s’interroger sur ce qui, à l’avenir,
stimulerait les bons élèves qui en bénéficient aujourd’hui.
- Pour le
rayonnement de la France et la force de son économie, il est crucial de
former un nombre suffisant de jeunes maîtrisant bien les langues
étrangères, ouverts aux autres cultures.
- Le
recul de la langue française, chez nos partenaires, est d’ores et déjà une
réalité, d’après le rapport de la Commission. Si un pays devait faire un
effort exceptionnel, budgétaire et stratégique, pour l’apprentissage de deux
langues étrangères (anglais + une autre langue), c’est bien la France. La
réforme envoie exactement le signal inverse.
6. La suppression des classes bi-langues
aboutirait-elle à la mort de l’allemand ?
Si la réforme
était mise en œuvre telle quelle, le choix de l’allemand en langue 1 dans le
primaire reporterait automatiquement l’apprentissage de l’anglais cinq ans plus tard, en 6ème,
dans le cadre d’une LV2 un peu spéciale !
Le choix a beau rester théoriquement ouvert, quels
parents priveront leurs jeunes enfants d’anglais quand leurs petits camarades
s’y mettent immédiatement ?
D’autre part le
risque de voir s’assécher lentement mais sûrement le vivier de germanistes est
très grand, puisque près de 90% des élèves étudiant l’allemand au collège le
font aujourd’hui dans le cadre de sections bi-langues. A compter de la rentrée
2016, l’allemand se retrouvera essentiellement dans l’espace étroit de la LV2 –
avec moins de 3 h par semaine ; rappelons que la langue espagnole est aujourd’hui
choisie dans plus de 70% des cas ; on ne voit pas comment la proportion
d’élèves apprenant l’allemand en LV2 augmenterait à moyen et à long terme.
- Même si
telle n’est pas l’intention de la réforme, l’asphyxie progressive de
l’allemand est très vraisemblable.
7. L’enseignement de l’allemand LV 1 dès le CP
est-il réalisable en pratique ?
A supposer même
que des parents fassent le choix hardi de l’allemand en LV1 au CP, on peut
raisonnablement supposer qu’ils ne seront pas nombreux.
Admettons une
école primaire comptant 3 classes de CP de 25 enfants chacune, dont 8
choisiraient l’allemand (soit une proportion de plus de 10 %). Plusieurs
questions pratiques se poseraient :
-
un enseignement d’allemand serait-il assuré pour 8 enfants sur 75 ? Ne
viendrait-on pas dire rapidement que ce choix est « élitiste »
(ou trop coûteux) ?
-
Peut-on vraiment organiser un enseignement régulier et pérenne sur l’ensemble
du cursus de l’enseignement primaire, pour un tout petit groupe d’élèves?
Notamment pour développer l’allemand, le ministère prévoit de piloter l’offre
de langues en proposant uniquement l’allemand dans des secteurs précis. Mais
peut-on imposer l’apprentissage d’une langue aux parents ? Et que se
passerait-il si la famille déménageait en cours de scolarité ?
-
Question subsidiaire : une fois ces enfants arrivés en 6ème, ouvrirait-on
une classe d’anglais pour eux seuls, ce qui est pourtant nécessaire car ils ne
peuvent pas débuter cet apprentissage avec des camarades ayant déjà 5 années
d’anglais derrière eux ?
A toutes ces
questions, la ministre de l’Education n’apporte pas de réponse, ce qui génère
forcément incompréhensions et inquiétudes. Ce n’est pas la désignation d’un
délégué ministériel qui va rassurer les parents troublés.
8. Le calendrier est-il crédible ?
La réforme est
censée entrer en vigueur dès la rentrée 2016. Cela signifie que les classes
bi-langues disparaissent aussitôt en 6ème pour être remplacées par
un apprentissage précoce au CP.
Là encore, des
questions légitimes se posent :
-
Comment serait-il généralisé immédiatement à tout le territoire quand
l’allemand en primaire est extrêmement concentré en Alsace et dans le
département de la Moselle?
-
Comment, si l’allemand est très minoritaire, assurer l’égalité entre les
différentes régions de France ? La République est une. Et son école
s’honore à offrir aux enfants une ouverture intellectuelle qui ne soit pas
conditionnée par la région d’origine.
-
Comment recruter des enseignants ou former les enseignants du primaire ?
Sans faire de procès d’intention à l’Education nationale, il est notoire qu’il
existe un décalage entre le nombre de postes ouverts au concours (mis en avant
par le ministère) et le nombre de postes finalement pourvus. Dans un contexte
d’incertitude sur l’avenir de l’allemand, il est peu probable que la motivation
des candidats augmente.
- Au
total, le calendrier est peu crédible : d’un côté une suppression
immédiate d’un dispositif qui a fait ses preuves, de l‘autre des promesses
vagues ; une simple erreur de mise en route, conjuguée à une demande plus
forte pour l’anglais, aboutirait très vite à « installer »
l’anglais « only » dans l’immense majorité des écoles primaires,
à l’exception peut-être des régions frontalières.
9. Existe-t-il d’autres options ?
Le rapport
précité de l’Inspection générale en proposait plusieurs qui ont évidemment un
coût, pour les plus ambitieuses d’entre elles et présente, en tout cas, des
inconvénients et des avantages différents.
Les inspecteurs citent une étude
antérieure qui « pencha davantage en faveur d’une généralisation des
sixièmes bilangues qui mettrait fin à une situation hétéroclite et peu égalitaire.
Les engagements internationaux de la France et le besoin stratégique d’élever le niveau en langues semblent devoir l’emporter sur des arguments administratifs de type « ce ne serait pas dans la logique du nouveau cycle. »
- En définitive, une solution pourrait être de conserver le principe de l’enseignement bi-langues en le faisant démarrer au CM1 (début de cycle) pour tous. Les années de CP et cours élémentaires ne seraient qu’une initiation.
- Une autre piste pourrait consister à solliciter une initiative de la Commission européenne sur l’augmentation des échanges d’enseignants afin d’encourager l’apprentissage généralisé de deux langues. Nous l’avons suggéré sur Figarovox le 6 mai dernier (http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/05/06/31002-20150506ARTFIG00256-classes-bilangues-pourquoi-il-faut-connaitre-l-histoire-et-la-mentalite-de-nos-partenaires.php).
- Ce serait à la fois un pas vers une citoyenneté européenne plus active et un encouragement à la mobilité, notamment à l’intérieur de la zone euro. Des retombées positives pourraient en outre être attendues pour l’enseignement du français chez nos partenaires.
Sylvie GOULARD Eurodéputée MoDem.
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