vendredi 6 février 2015

Pourquoi je soutiens le refus de la Conférence des Evêques de France de signer la Proclamation de REPORTERS SANS FRONTIERES sur la LBERTE D'EXPRESSION





L'injonction de Reporters Sans Frontières en direction des grandes religions de France de signer la proclamation qui affirme " que chacun est libre d'exprimer ou de diffuser des critiques , même irrévérencieuses envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux", me laisse muette. Car ai je bien compris ? 
 Ne vivons nous pas ces libertés absolues et fondamentales   depuis :
  
  • la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
  • la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse,
  • la Loi du 1° juillet 1901 sur les associations
  • la Loi du 9 décembre 1905, de séparation des Eglises et de l’Etat,
  • la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948
  • la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950, ratifiée par la France le 3 mai 1974,
  • la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de novembre 1989, entrée en vigueur en France le 2 septembre 1990.
  • Ainsi  au nom de la liberté d'expression que, personnellement,  je défends bec et ongles, une instance qui n'est pas gouvernementale, qui n'est pas représentative d'une volonté nationale , qui ne regroupe aucune des parties qui sont appelées à signer ce document, en clair qui n'est qu'une association de défense d'une profession,   se permet de censurer à l'avance toute velléité de défendre à la fois ma dignité et le sens profond de mon action et de ma foi ? Ainsi on ferait de la liberté d'expression une censure ? Ainsi on peut faire, par exemple,  une image du Pape qui sodomise, sans que je  puisse y opposer une action en justice si cette image m'a blessée profondément  ?
C'est la violence de mort qui a été condamnée lors de la tuerie chez Charlie Hebdo. Ce sont ces vies sacrifiées à la démesure de la violence de l'intégrisme barbare qui sont condamnées, ce ne sont pas les religions en tant que telles. Cela a été dit et redit. 
Personne n'a fait l'amalgame entre l'Islam et la folie des meurtriers . On l'a dit et redit, et c'est bien. 

L'initiative a reçu le soutien du président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia ( qui n'a pas encore signé le texte ) ainsi que du Président de la Fédération protestante de France ai je lu dans l'article publié par Radio Vatican. 
  • Mais pourquoi donc se sont ils posé les fers au pieds comme s'ils étaient coupables de quoi que ce soit ? Comme s'ils acceptaient comme une fatalité la suspicion à leur encontre ?On peut deviner en ces temps difficiles,  les pressions morales et le principe de précaution  qui pèsent sur les musulmans et les juifs, mais les protestants ? Y-a-t-il plus respectueux de la liberté d'expression qu'un protestant ? Ils ont toujours été sur tous ses fronts. 

  • La Conférence des Evêques de France refuse de signer. Elle a raison et  je la soutiens, non par esprit de corps, mais bien parce qu'en ma qualité de catholique toujours respectueuse des lois de mon pays, je m'étonne qu'une association aussi importante soit elle pour la défense  de l'information qu'est RSF se pose en censeur et juge des religions et donc par voie de conséquence de moi-même,  de ma façon de penser et d'agir .
Une religion est le lien entre "le ciel" et l'homme mais aussi et surtout le lien d' une vaste communauté de personnes qui partagent la même foi et la même espérance . En faisant signer les responsables des religions, c'est chaque croyant qui signe.  
RSF connaît elle  cette dimension ? 


Moi, au nom de la liberté d'expression, je demande que mon espace de liberté soit respecté, que mes enfants n'aient pas à souffrir des excès d'un laïcisme qui dévoie l'esprit de la Loi, je demande que mon identité religieuse, comme mon identité civile soit respectée. 

Car l'homme est un :  je n'ai pas une identité civile et politique dans l'espace public  et dans le privé , comme un secret honteux,   une identité religieuse.

Je suis UNE et porter atteinte à une de mes parties est porter atteinte au TOUT. 
Jacqueline Lach-Andreae






vendredi 23 janvier 2015

Lettre ouverte au monde musulman Abdennour Bidar Philosophe, auteur de Self islam, histoire d'un islam personnel (Seuil, 2006), L'Islam sans soumission : pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008), et d' Histoire de l'humanisme en Occident (Armand Colin, 2014).



Lundi 13 Octobre 2014 à 5:00


Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !
Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.
Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName). Tu t'insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l'islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »
J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l'islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir... Et cela m'inspire une question - « la » grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C'est qu'en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.
Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre - et il en surgira autant d'autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !
Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. » Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.
Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance !
Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l'avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d'Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « Etat islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion ; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.
Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?
Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident. Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières - un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l'Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité - je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu'est le culte du dieu Argent.
Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ? Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ? En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.
Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l'Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'« il n'y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son appel à la liberté l'empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu'il est l'heure, dans la civilisation de l'islam, d'instituer cette liberté spirituelle - la plus sublime et difficile de toutes - à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !
De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, ni qu'on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu'ils n'osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !
Or, cela, de toute évidence, n'est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l'« Etat islamique ». Non, ce problème-là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l'islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d'évoquer - une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive - est trop souvent l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam du passé dépassé, l'islam déformé par tous ceux qui l'instrumentalisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?
Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en terre d'Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par l'« islam officiel » des dignitaires. Ceux-là, au contraire, s'acharnent à imposer que « la doctrine de l'islam est unique » et que « l'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).
Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un bien et d'un mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence - contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles - de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !
Alors ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t'aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.
Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière - c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ». Et, au contraire, tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi - qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.


dimanche 4 janvier 2015

Il est l'éternel enfant, le Dieu qui nous manquait, la nature divine, souriante et joueuse, tellement humainement enfant, qu'il en est divin. " Fernando Pessoa. Noël

Encore un délice sur notre table. Aujourd'hui, nous fêtons l'Epiphanie, et la galette s'invite....
Petits rires, qui est le Roi, qui est la Reine ?
Les enfants se régalent
Mais pour nous  les anciens,  après tous ces excès, le corps commence à gémir.....
Cruel constat que nous souffrons "de-trop-de-tout".

Nous nous sommes réjouis à Noël, table familiale, joie des petits, joie des grands parents qui retrouvent une grande tablée . Cela change du plateau ! oui c'est un bonheur. On est entouré on  se sent aimé.

Ces réflexions m'amènent doucement à vous partager ce texte de Leonardo BOFF. C'est une traduction à partir d'une traduction allemande. Soyez indulgents, le traducteur n'est pas un professionnel. Mais le texte dit si bien les choses.......laissez vous conduire.




Noël: la fête de l'humanité de Dieu et de la communauté de la table 
De Leonardo BOFF

Noël est rempli de significations. 

Un de ses messages a été repris par la culture de consommation qui préfère un vieux Père Noël débonnaire à l'enfant Jésus, car le Père Noël est bien plus intéressant pour les affaires [le commerce]. 
L'Enfant Jésus de son côté, parle de l'enfant intérieur que nous portons toujours en nous, ayant besoin d'être assisté et qui, une fois adulte, porte en lui l'impulsion de prendre soin des autres. C'est la part de Paradis, qui ne s'est pas entièrement perdue et qui se compose d'innocence, de spontanéité, de la magie ainsi que du jeu en commun et du vivre ensemble avec l'Autre, sans discrimination aucune.

Pour les Chrétiens, c'est la célébration de "la proximité et de la compassion" de notre Dieu, comme il est dit dans la lettre de Tite (3,4). Dieu fut tellement ému par les Hommes qu'il voulut devenir l'un d'entre nous.
Fernando Pessoa l'exprima merveilleusement dans son poème sur Noël: 
"Il est l'éternel enfant ; le Dieu qui nous manquait ; la nature divine, souriante et joueuse ; tellement humainement enfant, qu'il en est divin. "


Maintenant, nous avons un « Dieu-enfant », non pas un Dieu qui, comme un juge sévère, jugerait de nos actes et de l'histoire de l'humanité. Quelle joie intérieure se répand en nous si nous considérons que nous sommes sous le jugement d'un Dieu-enfant! Plutôt que de nous condamner, le « Dieu-enfant « veut pour toujours vivre avec nous, se réjouir avec nous.

Sa naissance a provoqué un ébranlement cosmique. Un texte de la liturgie chrétienne l'exprime symboliquement: «Alors cessa le murmure[frémissement] des feuilles comme si elles semblaient mourir; le vent chuchotant s'arrêta net dans les airs; le coq chantant se tut au milieu de son cri; les eaux douces de la rivière s'arrêtèrent; les moutons en train de paître se tinrent immobiles; le berger, son bâton levé au ciel, se tint comme pétrifié; alors, à ce moment précis, tout fut calme, tout fut silencieux, tout fut figé: Jésus, le sauveur du Peuple et de l'Univers était né".

Noël est une fête de la lumière, de la fraternité universelle, de la famille qui se réunit autour d'une table. Bien plus qu'un simple banquet[une simple fête], c'est une célébration de la vie que nous partageons avec l'Autre, une célébration de la générosité des fruits de notre Mère la Terre et des arts culinaires du travail humain.

Pour un moment nous oublions l'effort quotidien, la charge de notre existence laborieuse, les tensions entre membres d'une même famille et entre amis, et nous nous réjouissons en Frères et Soeurs, qui se réunissent en communauté de la table, c'est à dire, être attablés comme autrefois, quand toute la famille, parents, filles et fils, ensemble, étaient assis autours de la table pour parler, boire et manger.

La communauté de la table est si centrale qu'elle se retrouve dès la première apparition de l'Homme en tant que tel. Il y a sept millions d'années commença un détachement progressif et graduel entre l'Homme et les primates supérieurs, tous deux d'ancètres communs.

La singularité de l'Homme, à la différence de l'Animal, consiste en ce que la nourriture collectée sera partagée entre tous, en commençant par les plus jeunes et les plus agés, et ensuite seulement entre tous les autres.

La Communauté de la table présuppose coopération et solidarité. Ce fut elle qui fut le moteur de l’évolution  de l'état de Bête à celui d'Homme. Ce qui était vrai alors l'est encore aujourd'hui. C'est pour cette raison qu'il est si douloureux de prendre conscience des millions de personnes n'ont rien à partager et doivent souffrir de la faim.

Le 11 septembre 2001 fut le théâtre de l'atrocité de ces avions s'écrasant dans les tours jumelles du World Trade Center à New York. Près de 3000 personnes périrent alors.

Le même jour meurent 16.400 enfants de moins de 5 ans. Ils meurent de faim et de malnutrition. Le jour d'après et pour le reste de l'année, 12 millions d'enfants sont victimes de la famine. Personne ne fut horrifié, ni alors, ni aujourd'hui, face à cette catastrophe humaine.

Nous ne pouvons oublier, en ce jour de Noël, en ce jour de joie et de fraternité, ceux que Jésus appelait "petits frères et sœurs" (Mt 25,40); ceux qui ne recevront ni cadeau ni rien à manger. Pourtant, malgré ce triste fait, nous fêtons et chantons, nous chantons et sommes heureux, car nous ne seront jamais seuls. Le nom de l'enfant est Jésus, l'Emmanuel, qui signifie: "Dieu avec nous". Ce petit verset se prête bien à cette occasion, car il nous fait réfléchir sur notre compréhension sur le "comment Dieu se montre à nous en ce jour de Noël":

Chaque petit garçon voudrait être un homme.
Chaque homme voudrait être roi.
Chaque roi voudrait être "dieu".
Seul Dieu voudrait être un enfant.

Un joyeux Noel de notre Seigneur 2014.

Traduction française à partir de la traduction allemande de Bettina Gold-Hartnack)

)

samedi 20 décembre 2014

le Dominicain-théologien François BOESFLUG commente dans la revue ESPRIT "Le Déni. Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes" ouvrage de Maud Amandier et Alice Chablis avec une Préface de Joseph Moingt, Paris, Bayard, 2014, 392 pages, 18 €.


En ce moment un peu chargé si je prends le temps de m'informer, je n'ai plus guère le temps d'écrire. C'est pourquoi, je pose des articles d'esprits éclairés, capables de nous aider à réfléchir, juger et nous informer dans le bon sens. 

Aujourd'hui,  le blog de François Vercelletto nous offre l'article du dominicain théologien François Boesflug sur le DENI  ouvrage- référence à mes yeux pour une saine et intelligente  réflexion sur la condition de la femme dans l'Eglise catholique romaine

20 décembre 2014

L'Église et l'égalité des sexe

"Cet ouvrage passe en revue de manière approfondie une armée de discours ecclésiastiques qui enferment la femme dans une prison dorée : une identité fictive, déterminée par son sexe et la « loi naturelle », et par voie de conséquence sa prétendue vocation voulue censément par Dieu autant que par ladite nature, qui serait pour toujours et à jamais d’aider, d’obéir, de se taire et de servir… les hommes (les enfants, les malades, les pauvres, les vieux, etc.).

"Cette montagne de considérations édifiantes se dévoile petit à petit dans les discours et encycliques des papes depuis plus d’un siècle et demi, de Grégoire XVI au pape François, en passant entre autres par Léon XIII, Pie IX, Pie XI, Paul VI, Jean-Paul II surtout, et Benoît XVI.

"Leurs déclarations, proférées non sans solennité depuis la cathedra Petrienferment la femme dans une sorte de piège conceptuel, dans la mesure où ils répètent les uns après les autres, en substance, que pour éviter d’être une nouvelle Ève tentatrice, il lui faudrait prendre pour modèle Marie, vierge et mère.

"L’ouvrage démontre l’impasse de cette injonction qui, pour traditionnelle qu’elle soit, n’en est pas moinscontradictoire et invivable. Il s’étonne à bon droit de son règne pluri-séculaire et invite à ouvrir les yeux.

"Comment a-t-on pu proposer à des générations de femmes, comment ont-elles pu accepter, sinon sur fondde docilité et de confiance, en l’occurrence abusées, cet idéal inaccessible ?
"Comment des générations de religieuses ont-elles pu vivre la spiritualité officielle de leurs vœux, qui fait d’elles à la fois des vierges, des mères (on les appelle ainsi…) et de chastes épouses mystiques du Christ ?
Boespflug.jpg"Comment, depuis Grégoire VII, autant de prêtres voués au célibat sacerdotal ont-ils accepté de vivre sans autres femmes que des femmes-mères et des femmes-soeurs ?

"Comment ne pas s’étonner du décalage entre le fleuve intarissable qui charrie en toute saison historique, mais surtout depuis un siècle et demi, les encycliques en série sur la femme, la féminité, la vocation de la femme divinement révélée dans l’Écriture, et le piteux ruisseau, souvent à sec, des déclarations magistérielles sur l’homme (au masculin), la masculinité du Sauveur, la vocation de l’homme, sa sexualité, la signification du célibat ecclésiastique (p. 169 et suiv.) ?
"Comment vivre une vie affective digne de ce nom, sanstrouver des ersatz plus ou moins névrotiques, y compris le dévouement suractif jusqu’à l’épuisement ou la dépression ?

Double originalité
"Si le Déni reprend un combat qui était déjà celui de femmes comme France Quéré (1936-1995) il y a bientôt quarante ans (la Femme avenir date de 1976), l’originalité de ce livre est double.
"Du point de vue  méthodologique, c’est d’avoir optépour l’analyse serrée des textes pontificaux consécutifs à la prodigieuse vague d’apparitions mariales du XIXe siècle ; un choix intelligent, dans la mesure où ces textes excellent à synthétiser la tradition des discourschrétiens sur la femme.

"Or personne encore, sauf erreur, n’avait pris le temps de scruter avec autant d’endurance tous ces discours à la file, dont on découvre combien ils sont nombreux, répétitifs et bloquants.

C’est bien parce que le sujet abordé, l’égalité des sexes, est « systémique
» par excellence et rejaillit sur tout, qu’il fait peur et que le livre continue de susciter de farouches résistances.

"Jamais encore je n’avais lu une telle remise en question de ce qui, pour un catholique, voire au-delà, pour un homme ou une femme de culture chrétienne, paraît aller tellement de soi.
Jamais, par exemple, je n’avais rencontré une lecture aussi critique de la scène de l’Annonciation (voir p. 31 puis 78-82, et passim), en tant que texte clé duconsentement sans condition ni consultation préalable, qui a tant contribué à faire du Fiat !, de l’obéissance, un idéal.

"Pour un théologien frotté d’histoire de l’art comme je lesuis, ce fut décapant.
éMais je pourrais en dire autant de leur lecture des textes évangéliques racontant l’onction à Béthanie, la rencontre avec la Samaritaine, Jésus chez Marthe et Marie, le Lavement des pieds (p. 293-296) ou l’annoncepar les femmes de la Résurrection aux disciples incrédules (p. 300-302)…

"Leur place dans les Évangiles, la considération que Jésus leur accorde, voilà qui donne à penser. Impossible de gommer leur rôle inaugural, par exemple :
Avant que Paul ne soit apôtre, les femmes avaient déjà propagé l’Évangile du Christ (p. 360).

"Les deux auteures établissent sans peine que les discours pontificaux s’appuient tous sans exception sur une lecture plus ou moins littéraliste et fossilisée d’un petit nombre de textes, en particulier ceux de laGenèse, du second récit de la création de la femme en particulier, celui qui la montre créée « en second » àpartir de l’homme (Gn 2,21-22), pour le « seconder », mais aussi de certains textes pauliniens, toujours lesmêmes (ils sont listés p. 298 : Éph 5, 1 Co 11, 1 Tm 2…), leur interprétation par les papes faisant fi desgenres littéraires et donnant une prolongation indéfinie à des catégories patriarcales et machistes.
"Or celles-ci, faut-il le dire, ne sont plus en phase ni avec la science de l’Écriture sainte au point où elle en est parvenue depuis la fin de la crise moderniste et le formidable renouveau des études bibliques, ni avec la mentalité des sociétés occidentales, dont les aspirations, souvent nées de l’Évangile, ne sauraient être réduites,comme certains papes l’ont donné à
entendre, à une fascination pour l’égalitarisme, le plaisir, le consumérisme, l’individualisme, l’égoïsme et la facilité, et encore moins à une révolte jalouse contre le pouvoir des hommes – ce qu’ont soutenu des papes comme Pie XI (voir p. 160 : un texte dont il est permis de dire qu’il est accablant), Jean-Paul II, qui fait figure de « repoussoir pour les femmes modernes » (Hans Küng, cité p. 108), et Benoît XVI à sa suite.

"À prolonger ses façons de disserter au sujet de la femme-en-soi, l’Église est condamnée non seulement à décevoir et à se couper des générations actuelles, comme en avertissent les enquêtes de sociologiereligieuse, mais aussi, et c’est beaucoup plus grave, à se rater elle-même, si je puis dire, à s’éloigner du noyau dur, fécond, précieux, libérant et inclassable de l’enseignement de Jésus, de sa façon de traiter lesfemmes en personnes, à l’égal des hommes.
"Ni suiviste ni révolutionnaire, Jésus développe un enseignement et une manière d’être qui échappent à toutes les récupérations, comme le montre si bien Hans Küng dans son Jésus 1.
"Si le livre est précieux et si stimulant, c’est moins par le constat qu’il établit, d’un monumental blocage, que par la tâche urgente, et d’avenir, qu’il désigne en creux pourle christianisme.
"Qu’il soit frustrant pour une part, et ne réponde pas àtoutes les curiosités qu’il éveille, c’était fatal. Qu’il dérange, également.

"S’il ne pratique aucunement l’ironie ni ne se rend coupable d’aucun jugement ni d’aucune diffamation, il présente un aspect de réquisitoire,
il ne faut pas le nier. À se focaliser sur les déclarations des pontifes récents, il prive aussi le lecteur d’une vision plus globale et équilibrée
du problème abordé.
"Ainsi, entre le Nouveau Testament et les papes de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle, dans ce livre, la galeriedes témoins est clairsemée. Augustin fait bien quelques apparitions (peu valorisantes, à propos de son « invention » du péché originel), puis Grégoire VII et saint Thomas d’Aquin (ce dernier en mauvaise part, p. 152-154 : en tant que commentateur des textes pauliniens, en 1 Co 11 et 1 Tm 2, exigeant que la femme reste soumise à son mari, et se voile !), et c’est à peu près tout.

"On eût rêvé que soit mis en relief, non pour noyer le poisson, et encore moins pour submerger le lecteur, mais comme une des données du statut de la femme enchristianisme, le nombre non négligeable de chrétiennes sortant du lot.

"Mais le mieux est parfois l’ennemi du bien. Le livre est déjà touffu et le risque était grand de le rendre indigeste. Le déséquilibre structurel entre les sexes, de toute façon, est indéniable.
"Les nuances ne changeront rien au diagnostic. Que l’Église, par exemple, ait déclaré quatre femmes « docteures de l’Église » est un fait dûment mentionné (p. 297), mais les auteures soulignent à bon droit qu’elles ne sont que quatre, contre trente docteurs (p. 297).

"Toutes les femmes n’ont pas été « au service », certaines ont été « au pouvoir », c’est entendu, c’est peut-être même une particularité de l’histoire concrète du christianisme que de permettre des exceptions à la règle ressassée, et de comporter une étonnante galerie de femmes capables d’en remontrer aux hommes et faisant la démonstration de leur talent (voir à ce sujet les travaux d’Élisabeth Dufourcq).
"Mais cela ne saurait servir de faux-fuyant : ces personnalités qui, à certains égards, font songer aux femmes à trempe de la Bible restent hors norme.
"Et toutes les autres ?
Dans le livre, c’est l’Église, la catholique surtout, qui est sinon la cible du moins le point de mire, et les textes des hiérarques catholiques qui sont examinés. Et de fait, c’est d’elle (et d’eux) que proviennent la plupart des discours qui bloquent l’évolution des mentalités des fidèles à ce sujet.
"Les Églises orthodoxes, assurément, ne sont pas moins patriarcales, mais notoirement moins bavardes, si je puis me permettre. Et le mariage des prêtres ne leur est pas un problème.
"Chez les protestants, l’existence des femmes pasteuresest maintenant un acquis définitif. Idem chez les anglicans, qui, après dix années de débat houleux,commencent à nommer des femmes évêques.

"Et ailleurs, se demandera-t-on ?
"Et au-delà ? L’horizon de la question mérite d’être élargi. Qu’en est-il de l’égalité des sexes, de l’accès de la femme à des fonctions de commandement et de gestion du sacré, en Afrique traditionnelle, ou dans lesnations où domine l’islam ?
"Qu’en est-il réellement en Inde, en Chine et au Japon ? La question soulevée par le Déni concerne l’ensemble des religions, et même le monde tout court en voie de mondialisation.
"Quand on songe à la situation des femmes ici et là dans le monde, on se convainc facilement qu’elle est le plus souvent pire ailleurs qu’en Europe ou en Amérique du Nord, pour faire simple.7
"Naturellement, le progrès sur ce plan n’est pas l’affaire du seul christianisme. Mais l’on ne voit pas comment « les hommes et les femmes de bonne volonté » pourraient parvenir à instaurer ou du moins contribuer àinstaurer une radicale égalité des sexes tant que le christianisme se refusera à balayer devant sa porte,c’est-à-dire à bouger, et à bouger significativement, autrement qu’en accordant à quelques femmes despostes de prestige, autrement qu’en leur permettant à dose homéopathique de lire l’Évangile et de prêcher lors des obsèques, autrement, même, qu’en se demandant gravement si la prieure des monastères peut présider une ADAP (assemblée dominicale sans prêtre), autrement encore qu’en acceptant de discutertimidement de l’ordination des femmes, éventualité contre laquelle jamais aucun argument rationnel, il faut que cela se sache, n’a pu être fourni (voir p. 308-311).

"De la même façon, affirmer haut et fort, avant même que se tienne le synode tant attendu sur la famille,comme vient de le faire le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi2, malgré les propositions courageuses d’ouverture du cardinal Kasper, que l’indissolubilité du mariage est « absolue » (sic) et que l’Église ne peut donc rien faire en faveur des divorcés remariés parce que la Loi de Dieu (sic) exclut formellement de les admettre aux sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation, c’est faire fi du fait qu l’offre de la grâce du Christ a quelque chose d’inconditionnel et donc d’incompatible avec de telles déclarations.
"Naturellement, le progrès sur ce plan n’est pas l’affaire du seul christianisme. Mais l’on ne voit pas comment « les hommes et les femmes de bonne volonté » pourraient parvenir à instaurer ou du moins contribuer àinstaurer une radicale égalité des sexes tant que le christianisme se refusera à balayer devant sa porte,c’est-à-dire à bouger, et à bouger significativement, autrement qu’en accordant à quelques femmes despostes de prestige, autrement qu’en leur permettant à dose homéopathique de lire l’Évangile et de prêcher lors des obsèques, autrement, même, qu’en se demandant gravement si la prieure des monastères peut présider une ADAP (assemblée dominicale sans prêtre), autrement encore qu’en acceptant de discutertimidement de l’ordination des femmes, éventualité contre laquelle jamais aucun argument rationnel, il faut que cela se sache, n’a pu être fourni (voir p. 308-311).
François Boespflug


1. Hans Küng, Jésus, Paris, Le Seuil, 2014, réédition remaniée d’Être chrétien [1974], trad. de l’allemand par Henri Rochais et André Metzger,
Paris, Le Seuil, 1978.
2. La Croix, 31 juillet 2014, p. 13.

Voir également un précédent billet sur ce même sujet :cliquer ici.
Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags :boespflugdénifemmeesprit |  |  |  |  Facebook

mardi 25 novembre 2014

Lettre ouverte à un ami grand défenseur de la cause féminine dans l'Eglise Catholique


Cher Ami,
Votre lettre m'a fait du bien.
Le soutien d'un esprit éclairé  dans ce combat des femmes pour exister en totale  responsabilté  dans une Eglise qui d'ailleurs ne pourrait survivre sans leur inlassable et fidèle engagement,  me conforte dans ma critique de la hiérarchie catholique romaine.
Vous notez que notre oscillomètre montre des écarts de positionnement difficile à suivre.
C'est vrai, critique et recherche d'écoute de qui ne veut surtout pas entendre entraîne bien sûr des "affolements" de la petite aiguille, il est difficile de se situer devant une telle discrimination sauf à renoncer et partir.
Mais, voilà,  je ne suis pas aussi radicale que vous.  Je ne sais pas l'être  sauf dans les cas extrêmes où véritablement les bornes ont été dépassées. Et dans ce cas  la rupture devient bien sûr  tout à fait possible .


Je ne crois, je n'ai jamais cru, à la corruption totale des individus, des groupes humains.
Je ne l'ai jamais pensé de mes adversaires, ni même de ceux qui se sont considérés comme mes ennemis.
Je ne saurais donc penser  mon Eglise irréductiblement misogyne et ennemie de mon genre.
Je ne saurais donc penser qu'elle s'entête à   planter en dehors de toute raison théologique    des palissades d'interdictions pour endiguer le juste désir des femmes d'accéder au presbyterat.
Peut-être est elle seulement terriblement limitée par le fait que depuis des siècles, elle ne s'est pensée et représentée que dans les normes de  la suprématie masculine.


Mon Saint préféré ( et Dieu sait que je ne fréquente guère les saints) est Saint François d'Assise.
Il  m'a accompagnée durant toute ma vie,  par hasard et aussi  par  choix,  homme à  la fois radical mais aussi tellement confiant  dans l'homme et dans la miséricorde du Père.

Avec lui, il  y a toujours une brèche qui laisse passer la lumière de l'amour.

Tout rejeter, tout et tous,  serait  se rejeter soi même .
Qui peut dire n'être pas  corrompu dans quelque endroit secret, peut-être le lieu qui sent le plus mauvais, de son être ?


Je ne rejette pas mon Eglise même si je fulmine, même si je me fais violence ( eh oui !!! ) je ne la rejette pas, vers qui irais je ?
Je parle, j'écris....
Je reviens à Saint François, et son extraordinaire rencontre avec le Sultan...Bien sûr, il voulait certainement le convertir , mais il l'a fait avec tant d'amour, de respect, de cette tendresse qu'il portait à la création et aux créatures, que la rencontre a eu certainement des effets,  en profondeur dans la rencontre de la différence, dans ce qu'elle apporte de richesses.

C'est ce que je cherche Paul, la rencontre dans la différence.je ne jette pas aux orties nos jeunes prêtres. Ils m'irritent bien sûr, souvent me blessent, mais je les assume comme j'assume les différences de mes propres enfants. Ils sont d'Eglise, ils sont donc "MIENS"
 Et je tiens bon dans le dialogue, dans la rencontre. Tant qu'il y aura une voix rien ne sera perdu et j' entends de plus en plus de voix masculines  qui s'ajoutent aux nôtres.
C'est la reddition  qui serait  mortelle ! Il nous faut préparer le chemin de "DEMAIN" par la prise de parole.
Je suis persuadée que ce mouvement de balancier se fera court....Et si  ce n'était pas le cas, continuons, continuons avec constance mais aussi avec "tendresse", car l'Eglise courrait alors  un vrai risque mortel.

La  TENDRESSE-!!!!J'emploie souvent ce mot  car notre époque  m'en semble dramatiquement dépourvue. Même les enfants en sont quelques fois privés, non par manque d'amour mais par manque de temps, de disponibilité.
Il y a de l'amour, de la passion mais de cette simple et si fertile "tendresse"?  Nous sommes devenus trop compliqués, trop raides, trop dogmatiques, trop idéologiques  pour la tendresse. Il y faut une âme simple

.La modération  est dans mes gênes,
Je suis une fille des vignes, d'un pays pas tout à fait plat et seulement un peu vallonné qui s'ouvre à l'ouest sur l'immensité de  l'océan et au sud sur la sombre profondeur des forêts landaises. Ce n'est pas un pays de contraste mais de diversités.
Chaque colline ensoleillée de Saint Emilion, ou des 1eres côtes   porte un cru réputé, la plaine des graves offre les fleurons des Bordeaux et les bords de la Gironde les Médocs . Chaque vin a son caractère, on peut préférer l'un à l'autre, on ne peut en rejeter aucun.
C'est affaire de goût, de sensibilité, de culture., et même de moment.

Ce pays, ni plat, ni accidenté,   débouche pourtant  sur l'Océan à la fois  limite et  ouverture sur l'infini. Les pas s'arrêtent, il n'y a que deux solutions : se jeter dans la fureur des  vagues ou élever son âme vers le firmament.

A trop regarder l'incandescence des couchers de soleil je n'ai plus la  vigueur et l'audace du nageur, mais j'ai la constance de l'adoration qui me conforte dans la constance de la demande à plus de "justice " et de "charité" pour la condition des Femmes dans notre Eglise.
 Bonsoir Paul amitiés à  partager avec votre épouse.



dimanche 23 novembre 2014

Conférence donnée par Bernard UGEUX sur la Compassion le 13/11/2014


En décembre 2012, nous écrivions sur notre blog "canard sauvage" http://jlachandreae.blogspot.fr/…/laissez-nous-vivre-le-cri… tout ce que nous inspirait le terrible sort des femmes livrées à la soldatesque, violées, jetées à la rue sans secours familial. En effet, Bernard Ugeux s'en était fait le témoin au fil de ses pages dans le blog de la vie, de ses conférences. 

Hélas deux ans après il y a encore beaucoup à faire, ce serait-ce que se remettre en question devant de telles horreurs. 
Dernièrement à Blagnac, Bernard a fait une conférence, dont je vous livre le résumé. Il est très succinct mais très "parlant". 
Son  livre va bientôt sortir, je vous en informerai, le sort de ces populations doit être une base de réflexions pour toute approche de la terreur et de l'ignominie. L'actualité ne nous jette-t-elle pas sans cesse le récit de terribles exactions, de meurtres, de tortures, de marché aux esclaves ?


Comment vivre la compassion ? Quelques notes de Bruno.V  sur la 

Conférence donnée par  Bernard  UGEUX 
sur la Compassion le 13/11/2014

A Boukavou,(  RDC ) il a été saisi par la souffrance, le traumatisme social.

LA COMPASSION.
N’est pas :
Une contagion émotionnelle
Une empathie
Une entrée en résonance.

Mais :
Une tendresse bienveillante avec l’autre
Se sentir concerné, agir.

Difficulté : je ne sais ce qui est bon pour l’autre.

Les victimes subissent une double peine.
Le viol et la difficulté après de trouver un fiancé.
Silence des magistrats, de la police, refus de regarder le mal, menace pour la tranquillité

Pour y arriver, il faut :
Se connaitre : mes forces et mes faiblesses. Faire un travail sur le corps
Ne pas essayer de tout comprendre.
Ne pas être sauveur.
Il faut avoir été aimé.
Faire appel à l’Esprit Saint
Le soir se remettre à celui qui sauve.
Il est nécessaire de ne pas être seul pour en parler, sa communauté est indispensable, lecture des psaumes.
Tenter de réparer les dégâts mais aussi chercher à les éviter.
Devant tous ces viols, colère, honte d’être homme, honte d’être heureux, d’être  privilégié

Tentation spirituelle.
Révolte, que fait Dieu ?
La réponse du Christ au mal est la compassion, la grâce, la joie du don.
Aimer et être habité par le Christ.
Il vit la contagion de la compassion en voyant l’entraide, la force de ces femmes,  des grandes sœurs qui prennent en charge leurs frères et sœurs.
La ferveur de la population aux chemins de croix bien plus que pour la résurrection.
Un groupe d’homme VIEMEN qui se constitue pour lutter contre les origines de ce mal.