dimanche 20 janvier 2013

Il n'y a pas d'amour heureux.

Cher Ami Homo, cher Nathanael,



 A marche forcée, j'ai avancé sur le sentier de la loi.
A marche forcée j'ai lentement évolué, un pas en avant, un pas en arrière.
Alors, ce matin toute habitée de ton visage
Les mots d'Aragon se sont, avec  force., à moi imposés.
Ils  ont surgi de la béance de  l'écartèlement  de six mois d'étude, de controverses sur le projet de loi "Le Mariage pour Tous".


Vous êtes tous là autour de moi , Toi que j'ai croisé, Toi que j'ai aimé comme un frère, Toi que j'ai accompagné,  Toi le jeune homme que j'ai deviné sans le dire  , Toi qui t'es expatrié , toi qui est  resté silencieux et gêné.   Vous êtes tous là.


Et pourtant,
Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force 
Ni sa faiblesse ni son coeur . Et quand il croit 
ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix.

Croix d'être partagée entre le désir de te donner ce  bonheur qui a été mon bonheur  et la peur de perdre dans l'indifférencié ce qui a fait ma fortune , le mariage avec un homme.
Croix douloureuse traversée de retraits , de questionnements sans réponse.
 Il n'y a pas d'amour heureux.

 Ils sont tous là autour de moi, ils s'affrontent. Ils n'ont pas d'état d'âme. Gravés au fer rouge de leurs inébranlables convictions, les boucliers se heurtent.
Pour eux c'est un combat. Pour moi c'est une croix.
Les mots pleuvent comme balles sur champs de bataille
Armée de soldats de plomb, ils défilent la fleur au fusil en chantant.

Mais, rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force Ni sa faiblesse.
 Il n'y a pas d'amour heureux.

Projet de loi qui construit, projet de loi qui détruit ?
Egoïsme de ne vouloir partager, défense de ce qu'on a tant aimé ?

Ma vie.  Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir, désoeuvrés, incertains.

Qu'il est dur au couchant d'une vie d'abandonner l'image de ce matin radieux où  mon destin a été scellé  au destin d'un homme.
Qu'il est dur d'abandonner  une chaleur, le parfum d'une tendresse évanouie, d'un amour  enveloppé d'un voile de mariée.
Qu'il est dur d'abandonner ce qui rougeoit encore sous la cendre de l'absence.

Dites ces mots "Ta vie" et retenez vos larmes.
Il n'y a pas d'amour heureux.

En croix, mais bien vivante, je ne peux vous offrir que ce que je suis.
Ma vie est un douloureux divorce....

Il n'y a pas d'amour heureux. Mais je vous aime.


Il n'y a pas d'amour heureux

vendredi 11 janvier 2013

Ces rencontres qui nous construisent,

Ces regards qui nous détruisent.








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LETTRE OUVERTE AUX FRANCAIS




Chers amis,

Puisque les souffrances se font cris, je voudrais ajouter le mien.
Non pour me faire plaindre, non parce que ma souffrance est invalidante
Non parce que je suis victime d’ostracisme
Mais surtout parce que j’ai mal à mon pays,  mal  à ma citoyenneté.

Je vais être claire. Un projet de loi qui jette dans la rue tant et tant de gens de toutes confessions, de toutes obédiences, de toutes sensibilités  n’est pas un bon projet, et je souhaite qu’il y en ait un nouveau qui tienne compte de ce mouvement.

La crise fragilise. Beaucoup ne savent pas ce que seront leurs lendemains.
Les entreprises ferment et jettent à la rue les travailleurs, les retraités dont les retraites sont modestes craignent de ne pouvoir boucler les fins de mois tant les charges augmentent à un rythme que jamais l’augmentation de leur retraite n’arrivera à rattraper. Les CDD sont le lot courant pour les jeunes, comment feront ils pour construire leur avenir dans une société où les banques ne prêtent qu’à ceux qui ne présentent aucun risque.

Ne nous trompons pas ce ne sont pas les bourgeois nantis, des catholiques homophobes  qui seront dans la rue. Ce seront des personnes « en mal-être », qui ne savent plus à quoi se raccrocher.

Ce seront des personnes qui mettent dans les valeurs clairement établies dans le Code Civil de la République leur confiance et leur adhésion.
Il y a quelque chose de  noble à demander que soient respectées les lois issues de la tradition républicaine de la France transcrites au fil du temps dans notre Code Civil.
N’oublions pas que celui-ci aura 200 ans le 21 Avril 2014 et a traversé bien des régimes, bien des révolutions et des guerres. Certes il a évolué au fil des transformations sociétales, mais jamais dans de les  proportions que le projet de loi propose.

Etienne Portalis,  un des rédacteurs du Code répondait à la question à quoi sert un Code Civil :
«  C’est un corps de lois destinées à diriger et fixer les relations de sociabilité, de famille et d’intérêts qu’ont entre eux des hommes qui appartiennent à la même cité ».

Je m’attarde sur «qui appartiennent à la même cité ».
Je m’y attarde car c’est à mes yeux ce qui motive les personnes du « Contre ».
Des milliers de gens considèrent comme un bien précieux cet héritage que le mariage traditionnel d'un homme et d'une femme  représente pour eux et s’y arriment en tant que  valeur fondement de la société à laquelle ils sont fiers d’appartenir. Ils cherchent dans les institutions des repères dans une cité en complète dislocation.
Je n’ai jamais aimé les croisades, les injonctions, les mots d’ordre, je m’y suis opposée et l’ai déclaré. Je suis une femme éprise de liberté qui suit sa conscience.
Mais je suis aussi une femme qui se voudrait fraternelle et si je comprend vraiment en profondeur le mal-être des homosexuels et cherche de tout mon cœur et de tout mon intelligence à faire qu’ils trouvent leur place en toute dignité, je peux aussi comprendre le mal-être des personnes qui se sentent partir à la dérive dans un monde qu’elles ne comprennent plus.

Dans cette crise nous devons établir l’unité du pays et non l’opposition d’un camps contre l’autre dans la société. Il en va à mes yeux de notre responsabilité de citoyens. C’est pourquoi je souhaite que le gouvernement revoie sa copie.

François Bayrou propose le terme « d’union reconnue » à la place de mariage ,  j’y souscris. Celle-ci pourrait bénéficier de la solennité  d’une union passée publiquement devant l’édile de la cité , poserait les principes de solidarité, de dignité et les droits y afférents, mais ne porterait pas ombrage à un mariage-traditionnel  que nous souhaitons garder dans ses formes et ses effets.

Jacqueline LACH-ANDREAE
Le 11 Janvier 2013






dimanche 30 décembre 2012

LAISSEZ NOUS VIVRE. LE CRI QUI VIENT DU CONGO


« C’est au nom des victimes, qui ne savent plus comment pouvoir nommer un Dieu qui semble s’être  absenté durant leur calvaire que nous osons écrire ces lignes .
C’est ainsi que débute l’une des lettres du dossier «  Laissez nous vivre » que nous a adressé le Père Bernard Ugeux, Père Blanc, profondément touché par ces souffrances.
 En effet, quelle parole adopter face à ce qui semble le mal absolu ? 

Au Kivu, une région à l’Est  de  ( RDC) martyrisée par près de 20 ans d’une guerre oubliée environ 500 000 femmes ont été violées par des groupes armés  et ont subies d’atroces  mutilations sexuelles. Les enfants nés de ces viols sont stigmatisés dans les communautés. Les familles vivent dans la peur.
Les Eglises congolaises ont dénoncé ces atrocités, elles ont créé des structures pour accueillir les victimes,  gèrent les écoles, s’occupent  des projets de développement, mais comment parler encore de Dieu à ces femmes qui ont vécu l’enfer ?

 Les communautés chrétiennes ont du mal à aborder la question.
« Il y a une lacune dans la pastorale », témoigne Bernard Ugeux  basé à Bukavu la capitale du Sud-Kivu.
Cet ancien professeur de théologie à l’Université de Toulouse décide alors de réunir l’été dernier à Bukavu, un groupe de réflexion de treize  personnes, dont des infirmières, des psychologues et des théologiens catholiques et protestants. Objectif : faire connaître la situation, mais aussi et surtout déboucher sur un document pédagogique sous formes de lettres.
Oeuvre d'un artiste Mayelé

Celui-ci est en ligne et téléchargeable.  LAISSEZ NOUS VIVRE- Cris des Femmes du Congo.
http://www.mafrome.org/Laissez_nous_vivre_GCRA_Bukavu.pdf

Nous vous invitons à l’ouvrir, il est destiné à tous.

En effet, la réflexion sur les sévices subis par ces femmes et ces enfants nous concerne tous. Elle  va beaucoup plus loin que la situation du Congo, elle nous renvoie à tous les viols collectifs perpétrés en temps de guerre.  Elle nous renvoie aussi à notre banal quotidien   où le viol est plus fréquent qu’on ne le pense.
Elle nous renvoie aujourd’hui à  l’étudiante victime d’un viol collectif mi-décembre à New Delhi. La  Fille de l’Inde ( India Daughter ) comme elle est désormais appelée,  devient ainsi la victime emblématique des violences faites aux femmes en toute impunité dans ce pays.


La question est lourde de sens. Elle touche à l’idée qu’on se fait de la Femme,  de la Justice  et de la Vie.

  • Comment redonner à ces femmes confiance et  dignité et les soutenir dans leurs efforts à  dégager  un avenir de leurs décombres ?
  • Comment les « extraire » de la gangue de honte qui les paralyse et les  fait muettes ?
  • Quel Seigneur de la vie et de la joie peuvent elles encore supplier, quelle confiance peuvent elles espérer ?
  • Quels mots, quel soin, quelle attention et quelle  possible espérance pourrons nous offrir pour qu’elles puissent à nouveau croire en une bonté d’homme, en la présence aimante du Dieu Très bas ?
  • Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un silence complice, saura dénoncer fermement ces violences barbares, ces injustices nées du pillage délibéré  d’un minerai rare considéré par l’industrie comme presque aussi précieux que l’or.

« Recouds les femmes et tais-toi » menace la soldatesque au médecin.
La violence sur ces femmes s'accompagne ainsi de menaces de mort pour ceux qui les aident. Ils les veulent seules, abandonnées, privées de parole.


Oserons nous  un geste prophétique ?  Qui saura à l’image du Père Ugeux et de son équipe leur redonner parole de dignité ?
Oserons nous tous ensemble  leur rendre témoignage ?
Oserons nous donner chair à nos difficiles  tentatives  d’accueillir  à  la lumière de la Vérité du Dieu fait homme   ces  souffrances de femmes humiliées. Souffrances muettes, vécues dans la honte et quelques fois le rejet.
Oserons en appeler à l’Eglise-Institution  et lui dire:  «  Ne sois pas comme David qui s’est tu quand sa fille Tamar a été violée par son demi-frère Amnon  » - « Expulsez cette fille de chez moi, et verrouille la porte derrière elle ! » a crié le violeur envahi par le dégout ( 2 Sam.13) de lui même, de la femme ?
Tes filles, notre Mère Eglise, sont souvent derrière la porte.
Protège les et  donne leur égale dignité de choix  afin que nul de tes fils, puissant ou misérable,  ne puisse avoir la tentation de  penser  que leur sexe leur donne un pouvoir de définition  sur ce qu’est une femme».
Ne laisse pas le frère violer la soeur. Il n'y a pas que des viols physiques et barbares, il en est de plus sophistiqués.
  



"LAISSEZ-NOUS VIVRE!" *le cri des femmes de la RD du CONGO, victimes des violences durant les conflits. Un document proposé pour l'accueil et le soutien des victimes par les communautés chrétiennes.


mardi 21 août 2012

Nous n’avons pas assez fait confiance aux petits paysans.

Je copie cet article de LA CROIX paru le 20 Août 2012.



Un entretien avec OLIVIER DE SCHUTTER, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

A travers des rapports précis et argumentés sur l’agriculture de demain, la flambée des prix des denrées alimentaires ou encore la ruée sur les terres agricoles, Olivier de Schutter avance des solutions pragmatiques pour améliorer la sécurité alimentaire.

La Croix : Vous êtes l’enfant d’une civilisation européenne qui n’a pas connu la faim depuis la Seconde Guerre mondiale. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ce fléau ?
Olivier de Schutter : Je suis effectivement issu d’un monde très privilégié. Mon père était un diplomate. Mes premiers souvenirs d’enfant remontent à Bombay, en Inde, où il était en poste. Je me rappelle très bien les images de ces mendiants aux feux rouges avec des membres atrophiés qui venaient demander la charité. Cela m’a beaucoup bouleversé.
J’ai passé ensuite mon adolescence au Rwanda. Le contraste inouï entre le luxe dans lequel nous sommes éduqués et la pauvreté environnante ne m’a pas laissé indifférent. Jean Ziegler, mon prédécesseur au poste de rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, a eu cette même expérience tôt dans sa vie et il utilise le mot de culpabilité pour décrire son combat. Cela traduit bien mon sentiment : on a envie de se racheter. C’est sans doute de là que vient mon engagement.

Vous êtes un juriste spécialiste des droits de l’homme. Quel est le lien entre les droits de l’homme et le droit à l’alimentation ?
O.S. : Les organisations de développement utilisent de plus en plus le droit à l’alimentation dans leurs démarches. Pour lutter contre la faim, les solutions purement techniques ne marchent pas si on ne tient pas compte de la responsabilité des États à l’égard des populations. C’est d’abord une affaire de pouvoir entre les gouvernements et la capacité des petits paysans à négocier des prix rémunérateurs. Le droit à l’alimentation revient à mettre les projecteurs sur des problèmes ignorés des autorités.

Comment faire progresser ce droit à l’alimentation ?
O.S. : Je prône la démarche participative. Le droit à l’alimentation, c’est créer des mécanismes à l’écoute des plus pauvres. Nous n’avons pas assez fait confiance aux petits paysans. Ce sont des gens très inventifs qui comprennent bien les obstacles auxquels ils sont confrontés. En les écoutant davantage, on identifie plus rapidement les solutions les plus accessibles. Il y a ensuite une complémentarité à trouver entre les initiatives locales et les réformes structurelles. Les microprojets ne peuvent s’étendre sans un environnement macro-économique propice. A l’inverse les projets venus d’en haut ne débouchent sur rien s’il n’existe pas des acteurs sur le terrain pour les mettre en œuvre.

Votre mandat est d’avancer des propositions pour faire reculer de moitié la faim dans le monde entre 1990 et 2015. Cet objectif est-il encore réalisable ?
O.S. : Aujourd’hui, 16% de la population ne parvient pas à se nourrir décemment, contre 20% en 1990. Pour répondre aux Objectifs du millénaire, il faudrait descendre à 10% de personnes mal-nourries. Personne n’ose sérieusement prétendre qu’on y parviendra à temps. Et le tableau serait encore plus sombre si on laissait de côté la Chine où d’énormes progrès ont été réalisés en milieu rural ces vingt-cinq dernières années. Dans beaucoup d’autres parties du monde, le nombre de personnes en insécurité alimentaire n’a pas baissé, il a même augmenté. Je rappelle que 42% des enfants en Afrique subsaharienne sont mal nourris. Ils manquent des aliments nécessaires à leur plein épanouissement.

Après les émeutes de la faim, en 2008, la communauté internationale a fait une série d’annonces pour améliorer la sécurité alimentaire. Qu’en est-il aujourd’hui ?
O.S. : Il y a eu un vrai changement de paradigme ces dernières années. Avant 2008, on pensait résoudre la question de la faim par l’aide alimentaire et par l’exportation, vers les pays déficitaires, de produits à bas prix écoulés sur les marchés internationaux. Désormais tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut aider ces pays à se nourrir par eux-mêmes en leur donnant la capacité de reconstruire leur système agricole négligé pendant trois décennies. Voilà pour la rhétorique. Dans les faits, on assiste à une spéculation foncière et on compte sur des investisseurs privés pour relancer le secteur. Or, ces acteurs ne sont pas intéressés à soutenir les petits agriculteurs. Ils veulent renforcer l’agro-export, les cultures de rente. Ils ont d’autres intérêts que la réduction de la pauvreté rurale.

Vous défendez une agriculture vivrière et familiale. N’est-ce pas l’agriculture productiviste qui a sorti l’Europe de la faim ?
O.S. :  N’oublions pas que l’Europe a effectué une transition économique en l’espace d’un siècle, en créant des emplois dans l’industrie puis les services et en réduisant peu à peu les actifs agricoles. Il est tout à fait illusoire de penser qu’on peut effectuer le même trajet en l’espace d’une génération ou deux en Afrique. D’autant plus que ces pays ne sont pas en mesure de créer des emplois en suffisance dans l’industrie et les services. Ils ne pourront pas absorber le surplus de main d’œuvre qui résulterait d’une désertification des campagnes à travers le recours à l’agriculture agro-industrielle.

Le Brésil y est pourtant parvenu ces ceux dernières décennies …
O.S. : Le Brésil est un pays où deux agricultures coexistent. La première, totalement mécanisée, utilise les technologies de pointe et reste très compétitive sur les marchés internationaux. La seconde est l’agriculture familiale, dont la production est écoulée sur les marchés locaux. C’est elle qui nourrit 80% de la population brésilienne. Pour lutter efficacement contre la malnutrition, le pays a lancé dans les années quatre-vingt-dix des programmes rapprochant les petits producteurs des populations pauvres des villes. Les paysans ont trouvé des débouchés dans les cantines scolaires, les restaurants communautaires, les marchés subventionnés … C’est le soutien à l’agriculture familiale qui a fait reculer la faim au Brésil, pas l’agro-exportation.

Vous insistez sur l’autosuffisance  alimentaire et vous avez eu de vifs débats à ce sujet avec Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce. Dans certains pays,  n’est-ce pas un mythe ?
O.S. : Pascal Lamy a voulu décrédibiliser mes propos. Je n’ai jamais utilisé le terme d’autosuffisance alimentaire. Evidemment, tous les pays ne peuvent pas subvenir à leurs besoins. Reste qu’on a trop souvent par le passé investi dans les cultures d’exportation telles que le coton, le tabac, le café, la noix de cajou. Résultat, de nombreux états n’ont pas développé les agricultures vivrières susceptibles de renforcer leur sécurité alimentaire. A l’ère du changement climatique, les pays producteurs seront de plus en plus affectés par la sécheresse ou les inondations, qui se traduiront par les flambées des prix sur les marchés internationaux. La meilleure façon d’éviter les chocs à répétition, c’est d’encourager toutes les régions du monde à produire autant qu’elles le peuvent. La dépendance est un risque et un danger. La facture alimentaire des 47 pays les moins avancés a été multipliée par 6 entre 1992 et 2008. Ils importent plus de 25% de leur nourriture Aidons-les à produire davantage pour eux-mêmes. C’est bien pour les paysans et c’est indispensable pour se prémunir contre les hausses brutales des prix.
  Propos recueillis par Olivier Tallès, La Croix du 20 août 2012


graure  J.lach-Andreae

                                                      

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Qui est Olivier de Schutter ?

Olivier de Schutter est né le 20 juillet 1968 d’une famille belge aisée. Fils de diplomate, il grandit jusqu’à l’âge de 15 ans en Inde, en Arabie saoudite et au Rwanda, pays qui le marquera profondément. Il choisit d’étudier le droit international et obtient une licence dans cette matière en 1990 à l’Université catholique de Louvain (UCL), puis un master à l’Université américaine Harvard. Docteur en droit, il se spécialise rapidement dans les questions de droits de l’homme. En 2000, il devient secrétaire général de la Ligue belge des droits de l’homme avant de prendre, quatre ans plus tard, le poste de secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme. En 2008, il succède au Suisse Jean Ziegler à la fonction de Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Professeur de droit international à l’UCL, il est l’auteur de nombreux ouvrages économiques et sociaux.


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vendredi 17 août 2012

le mariage homosexuel ...


Cher  Nathanaël, « Don de Dieu » , 
celui dont on ne sait ce qu’il a fait, mais seulement qu’il a été appelé par Jésus pour être son disciple nous dit l’évangile de  Jean  1,45-51… 
Qui est donc ce Nathanael au nom si beau  et pourtant si discret ?

Je  t ’écris, cher ami homo, à ce nom que je te donne in petto,  car pour t’avoir côtoyé durant de longues années, avoir été ton ami,  avoir travaillé avec toi,  je me réveille aujourd’hui dans la labyrinthe d’un débat bien  sérieux sur le mariage homosexuel,   ne sachant en fait rien de  Toi  et  peut-être si peu de choses des raisons profondes  de ceux qui  s’opposent à Toi et à ta liberté.

C’est cela le débat, on y rentre plein d’assurance,  on en sort le cœur humble. Les grandes évolutions de société sont le fruit  d’ opinions contradictoires,  mais qui toutes portent en soi la responsabilité de  construire la vie des hommes . Et dans l’honnêteté de son cœur, à l’heure des choix,  tout cela pèse lourd.

Alors qui es tu Nathanael ?  Qui es tu cet  « Autre » par rapport à moi-même,  toi qui préfère ton semblable à l’aventure de la découverte du sexe opposé ?

Je ne sais pas. Rien en moi, dans mes gênes, dans mes expériences sexuelles  ne peut y répondre, mais mon cœur, me crie « aime le, aime la, donne lui son bonheur, il l’a bien mérité » J’avais presque envie d’écrire :" il le vaut bien"….Et je n’ai jamais rien su refuser à mon cœur.
D’ailleurs la plus grande de mes attentes, n’est elle pas d’être aimée et acceptée comme je suis ?

Tu le sais Nathanael, je condamne l’homophobie, avec force.
Elle  n’est que le fruit de l’ignorance et de la paresse intellectuelle.
Mais   quelle longue ignorance !!!!
Des siècles de rejets, de mariages arrangés pour  « sauver la face » aux yeux du monde, des siècles où cette « différence » cassait toute possibilité d’avancement professionnel, où l’homosexualité affichée ne se pouvait être  que privilège  de riches,  de puissants ou artistes en marge .
Pourtant quelle profusion de richesse au service de l'humanité ! Rimbaud, Yourcenar, Gide, Cocteau, ETC…la liste est longue.

Certains ont dit   : l’homosexualité est une maladie.
 Par le passé, la psychiatrie s’est essayée à guérir les personnes homosexuelles par toutes sortes de méthodes souvent agressantes et aberrantes. Mais on a aussi essayé la castration, l’hystéroctomie, la lobotomie et diverses drogues.

OUF......WOUHA!!!!!

NON, l’homosexualité n’est ni un symptôme, ni une structure pathologique.
Dès lors qu’il y a possibilité d’acceptation et d’intégration par l’entourage, la vie homosexuelle peut s’avérer structurante, opérante et donner équilibre au fonctionnement  psychique  ( orientation homosexuelle et vie chrétienne. P.16 ).
Toutes les recherches récentes montrent qu’il est presque impossible de changer l’orientation sexuelle, même quand une personne le demande. écrit Castaneda Marina – Comprendre l’homosexualité- Robert Laffont, 1999 , p.28.
C'est donc bien qu'il s'agit d'un état affirmé.


Un jour, il y a bien longtemps, à la révélation de plusieurs cas d’homosexualité dans une même famille, on m’a demandé :
«  Que feriez vous si votre fils était homo ? »
Je suis restée un interloquée, je ne m’étais pas posé la question, l’enfant avait à peine douze ans.
Mais  l’évidence s’est imposée, je l’aimerais, il est mon fils, j’assumerais sa différence, et surtout je ne le ferais pas souffrir pour cette raison.

Car enfin, Nathanael,  pourquoi faire tant de bruit pour si peu de chose ?
Font il ils du mal ces amoureux que l’on croise, vieux couple attentif à ne pas se faire trop remarquer. On les imagine jeunes, à l’heure du choix  lorsque peut-être s’est  déjà installée la souffrance de n’être pas acceptés comme tels   par la société, tolérés certes  mais pas reconnus. Comme des  étrangers chez eux,  exclus des  tables familiales. On était dur autrefois dans la petite bourgeoisie.
Font elles du mal ces jeunes femmes chargées d’enfants que l’on croise sur les lignes de l’Europe du Nord ?

Alors pourquoi leur refuser la joie de pouvoir concrétiser leur union, de proclamer leurs solidarités  respectives  à la face de la société ?
Pourquoi  refuser aux humbles  d’accéder à la liberté de ceux à qui  le pouvoir et l’argent  peuvent tout donner.

Le mariage est plus qu’un contrat, Nathanael, c’est le désir de s’engager l’un envers l’autre dans les bons jours comme dans les mauvais jours, dans la joie et dans la peine.
Il me plait de te faire confiance, d’avoir foi en toi, de respecter ta liberté et de te donner les moyens de  montrer ton sens des responsabilités.
D’ailleurs au nom de quoi, pourrais-je te le refuser ?

Peut-être ce désir de mariage des  homo rappellera-t-il à l’ensemble de la société le désir de l’engagement profond, affiché,   qui s’établit devant Monsieur ou Madame Le Maire.
Peut-être alors de nombreux couples ne jetteront ils plus  leur parole aux orties au moindre manquement  avec la désinvolture qu’on sait être celle d’ aujourd’hui.

 Alors pourquoi ne pas reconnaître par le mariage, ce qui est un état  affirmé et responsable  ?


Comment Toi,  Jacqueline la catholique, diront certains,  tu balaies le caractère essentiel du mariage qui est fondé sur la différence sexuelle et la capacité d’engendrer  ?
Non, je ne balaie rien.
Nous sommes de l’ordre du vivant, et dans le genre humain, le mâle a besoin de la femelle et la femelle a besoin du mâle  pour procréer.
Pas d’enfants autrement, tout le reste n’est que de l’ordre de la manipulation génétique ou  du commerce des ventres et du don des gamettes.

Mais l’être n’est pas seulement un organisme sexué, il est beaucoup plus.
Par delà le sexe  il est un être doté de conscience, doté du « rouha » de Dieu, un être de relation.  Un être d’une grande dignité.
"L'être humain, dès sa conception, n'existe que dans les relations avec les autres, et (...) le christianisme assume pleinement cette réalité, avec ses dimensions corporelles et affectives" (Monique Hebrard - prêtres enquête sur le clergé d'aujourd'hui).

Comment penser qu'une relation  vécue intensément  pourrait être  dénaturée dans une sexualité homo ?
 Si vous saviez le don de Dieu. ! Vous n’auriez pas autant de réticences.
Qui peut dire, je suis le seul à savoir aimer ?

Alors marions les,  marions les, je crois qu’ils seront heureux ensemble …… dit la chanson.

A bientôt, cher Nathanel, je te souhaite beaucoup de bonheur.