jeudi 17 mars 2016

les affaires de pédophilie -lettre au cardinal Barbarin....


Lettre au Cardinal Barbarin .....
Le spectacle mediatique ressemble à une curée... la présomption d'innocence est allègrement foulée aux pieds.. c'est, pourtant, un point essentiel des "droits de l'Homme". 
Un premier ministre revêt la robe de " grand inquisiteur"....
Cardinal Philippe Barbarin, primat des gaulles, je vous écris.....


Père Philippe
Je fais partie des "grandes gueules féminines" qui réclament à cors et à cris l'égalité pour les femmes .
Ce sont de grandes gueules peu habituées à fleurir leur langage lorsqu'elles s'adressent à un Magistère qui les malmène quand il ne les méprise pas.
Il n'est guère dans mes habitudes de faire la cour aux puissants.
Donc, vous l'avez compris, même si je suis profondément croyante en Jésus Christ et toujours fidèle à l'Eglise catholique,  je ne suis pas de celles qui vous encensent .


Pourtant, aujourd'hui mon frère Philippe, aujourd'hui que vous êtes malmené par la justice, malmené par les media, je vous dis mon affection fraternelle et vous porte dans ma prière. Vous n'êtes pas seul.


L'Eglise de France, comme les autres , doit reconnaître ses fautes, elle a un travail de discernement à faire, elle doit payer car il y a eu des victimes innocentes qui toute leur vie durant ont traîné leurs souffrances. Oui, c'est un crime d'abuser de l'enfance.
Mais frère Philippe je regrette que vous en soyez le bouc émissaire, car à lire et suivre les informations, je ne vous sens coupable de rien.
Je reconnais derrière vos mots votre honnêteté .
Je sais que vous paierez pour d'autres,  car votre seule faute est de vous trouver en responsabilité à ce moment de l'histoire de votre diocèse.


Alors frère Philippe, victime aujourd'hui , penchez vous sur les interdits, les rudesses, les exclusions. 

Baptisé du sang de votre souffrance élargissez votre regard pour que l'injustice qui frappe vos soeurs au sein même de l'Eglise catholique soit transformée en une ouverture qui proclame au monde l'égalité féminine. Non pour un principe, mais pour le bien de l'Eglise et du monde.


Il y a la pédophilie proclamée à juste titre comme crime et pourtant , il y a aussi aujourd'hui des fillettes qui sont mariées, bien avant quelques fois qu'elles ne soient nubiles, et ceci  au nom de la religion
C'est l'islam, me direz vous. Je vous répondrai , c'est un patriarcat qui a quelque parenté de nature avec les patriarcats romains et orthodoxes. 
Voyez : des prêtres interdisent l'autel aux petites filles et pratiquent la mascarade des " servantes de l'Assemblée, revêtues de leur petite cape ...signifiant par là la différence de nature et de degré de dignité entre les petits garçons et les petites filles.

Souvenez vous, pour désormais changer les choses, que les violences subies par les femmes sont quotidiennes, que les accouchements peuvent être meurtriers ( 350 000 femmes meurent par an des suites d'un accouchement et de ses conséquences en Afrique ) . Oui, souvenez vous en, lorsque vous parlerez de méthodes contraceptives , des relations hommes/femmes, de l'avortement .
Souvenez vous qu'il y a au coeur de la sexualité, la plus belle des fleurs du partage et la plus insondable horreur des enfers humains. Souvenez vous que nous ne vivons pas chez les bisounours. Souvenez vous que certaines règles peuvent être assassines.

Partager avec les femmes le champs "du service"
serait ouvrir un espace dans les enfermements qui lentement stérilisent l'Eglise et l'éloignent insensiblement du monde. Or celui-ci a besoin de signes.

NON, Vous n'êtes pas seul.
Lorsque vous sentirez votre dignité et  votre honnêteté niées, lorsque victime d'un système implacable vous aurez l'impression de n'avoir même plus de parole, souvenez vous de vos soeurs . Celles-ci ne vous oublient pas dans ce moment terrible, et c'est sincère frère Philippe.
jacqueline Lach-Andreae

jeudi 10 mars 2016

Anniversaire de plomb.....



Je suis  peut-être enfoui au sein des montagnes
solitaire comme une veine de métal pur ;
je suis perdu dans un abîme illimité,
dans une nuit profonde et sans horizon.
Tout vient à moi, m'enserre et se fait pierre.

Je ne sais pas encore souffrir comme il faudrait,
et cette grande nuit me fait peur ;
mais si c'est là ta nuit, qu'elle me soit pesante, qu'elle m'écrase,
que toute ta main soit sur moi,
   et que je me perde en toi dans un cri.
Rainer Maria Rilke


 Demain, s’ouvre à nouveau  la fenêtre sur le temps.  
La caméra s’arrête sur le souffle qui expire, d’un vivant je n’ai plus dans les bras  que l’ombre d’un amour.
Cruel retour sur  image  d’une longue agonie que  la mémoire célèbre  en une   étrange liturgie du retour.

22 ans,  22 ans que nous portons le vide de nos absences réciproques, comme on enfante « un abime illimité »


La vie m’a façonnée à sa façon, tantôt nerveusement, tantôt tendrement,  aujourd'hui  ma solitude est devenue une île.

Oh, ce ne fut pas si facile mais  le ressac a bien travaillé.  Lentement ma côte a été grignotée en une presqu’île solidement  rattachée au monde.
J’ai longtemps vécu à  la lumière de toutes nos  amitiés. Elles clignotaient joyeuses, fidèles balises de vie dans la nuit. Je me nourris de leur pain, et me réjouis de leur vin.  
Mais vague après vague, un jour l’île s’est détachée.
Comme cela s’est fait ? Qui peut le dire, moi, je ne sais.
Peut-être un couchant  plus rouge que d’habitude m’a-t-il fait remarquer   les flots de sang coupés d’or   qui m’enserraient.  

Nulle angoisse, nulle perte.

Le continent, au loin découpe la ligne de ses falaises. Je les connais bien, je les ai habitées.
Je ne les renie pas, mais mon regard désormais  se tourne sur mes terres intérieures.

 Au fil des années, au centre  de l’île  une graine apportée par le vent a donné un chêne puis un pin qui me disent le  vent  de Sa parole. Du roseau brisé de notre vie naquit ainsi un bosquet où croît la bruyère. Il m’arrive par moment en d’étranges songes de t’y croiser avec tous nos chiens et ce chat noir  aux yeux d’or, tendre compagnon de solitude et de  misère.

Regarde les !  Ils accostent, paniers bien  remplis. Ils sont joyeux ! Eh ! On ne laisse pas seule la vieille mère. Nos enfants sont si solides que  je m’en sens encore plus   fragile.
Et pourtant  je connais bien  les angoisses et les fardeaux  de cet âge de fer et de bronze. C’est l’âge du courage, des épaules qu'on relève sous les coups du sort, du rire sonore  pour conjurer la peur.

Rejetons prometteurs d’une alliance  brisée  qui refuse de mourir, notre trésor commun ,  nos petits enfants. Chaque année les voit se fortifier et grandir : c’est en eux que s’écrit désormais notre histoire.

22 ans,  je sens le vent  du soir qui vient…Bientôt la nuit. Pourtant je n'ai pas peur ,  je ne suis jamais seule dans ma solitude, 
Il est là tout près de moi.  Il me réchauffe quand il fait trop froid, Il plante  des rosiers  et m'enseigne  comment  ne pas avoir peur des épines. Je Lui parle de toi et dans  cette conversation c’est le monde entier que je lis dans  Ses yeux. 

Je ne sais pas encore souffrir comme il faudrait,
et cette grande nuit me fait peur ;
mais si c'est là ta nuit, qu'elle me soit pesante, qu'elle m'écrase,
que toute ta main soit sur moi,
   et que je me perde en Lui  dans un cri.

22 ans, te souviens tu du grand soleil d’antan. De nos élans. De nos rêves. De notre force qu’on croyait  « éternelle » ?  

Ce soir,  

Je suis  peut-être enfoui (e) au sein des montagnes
solitaire comme une veine de métal pur ;
je suis perdu(e) dans un abîme illimité,
dans une nuit profonde et sans horizon.
Tout vient à moi, m'enserre et se fait pierre.


Mais demain, n'aie pas peur pour moi, le soleil se lèvera sur mon île. 
Car c'est ainsi que vivent les Hommes. 


le 11 Mars 2016





mardi 9 février 2016

canard sauvage: OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES

canard sauvage: OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES: LETTRE OUVERTE AUX EVEQUES de FRANCE et d'ailleurs. Cette lettre a été adressée à mon Evêque pour qui j'ai un profond respect te...

OUVREZ LA PORTE AUX FEMMES

LETTRE OUVERTE AUX EVEQUES de FRANCE et d'ailleurs.



Cette lettre a été adressée à mon Evêque pour qui j'ai un profond respect teinté d'amitié fraternelle. Son accueil bienveillant n'a jamais été démenti, mais bien sûr cette lettre n'a reçu aucune réponse. Je le savais d'avance.
Donc dans cette partie   d'un jeu à balles perdues  avec mon Eglise, jeu que je juge nécessaire au regard de ma conscience mais  difficile car il n'y a que deux alternatives "rester et parler" , (encore et encore),  ou partir, j'ouvre ce courrier en "lettre ouverte" à tous les évêques de France .

Ouvrez la porte aux femmes……

 Vous avez ouvert la porte de la miséricorde, vous avez appelé au pèlerinage, au retour sur soi même, à la conversion dans l’immersion  de la miséricorde de Dieu. Ce fut une très belle fête.
 
Alors, en cette période de Noël, de l’Incarnation, je vous demande d’ouvrir dans votre âme ou dans votre cœur  une porte aux femmes.
De réfléchir et de peindre sous le regard du Christ,  comme on peint une icône dans le prière et le jeûne,   la réalité de la violence   que représente l’interdiction pour celles qui se sentent appelées d’être ordonnées prêtres ou  même ( encore plus incompréhensible ) diacres.
De réfléchir et de noter tous les points où cette interdiction qui relève de l’archaïsme pourrait conforter une certaine violence à l’encontre des femmes dans la famille et  dans le monde . Violence que l’Eglise à juste titre condamne.



Je vous demande fraternellement  cet  effort intellectuel.
je vous demande cet acte de véritable générosité  sous le regard de Dieu.
Je vous demande cet effort courageux  qui va peut-être contre les inclinations de votre cœur….    


En effet, depuis tant d'années   que j’étudie le dossier  de l’ordination pour les femmes et en débats au Comité de la Jupe,   je sais la question   verrouillée  à « double tours » en ce qui concerne la prêtrise et connais bien le mutisme qui accompagne toute demande dans ce sens.
Je me souviens d’une rencontre avec Bernard Sesboué, à Paris, rencontre extrêmement enrichissante avec cet esprit savant et profond . Pourtant, l’assourdissant silence qui a suivi ma question ( que j’avais écrite et soumise avant la rencontre  )   m’en a plus appris qu’un long paragraphe doctrinal. C’est de l’ordre du tabou. Un blocage viscéral. On ne peut  en parler.


Lorsque  le 6 Octobre, Monseigneur André Durocher – évêque de Gatineau – a demandé durant les travaux du Synode de la Famille de considérer l’ordination des femmes au diaconat, j’ai retrouvé « couleurs ».  Ainsi un évêque, et pas n’importe lequel,  ose dans cette importante assemblée aborder la question ? Aura-t-on le courage de reconnaître que l’histoire du christianisme et la théologie (qui ne présente aucun empêchement) poussent  malgré lui le magistère à cette ouverture ?
Ouverture déjà présente  depuis Vatican 2, et aussi dans  les modifications apportées par benoît XVI, en 2009,  à l’article 2019 du Droit canonique permettant de dissocier  la définition du diaconat de celle concernant les prêtres et les évêques.

J’ai suivi attentivement le synode sur la famille partagée entre espoir et déception , hélas   j’ai vite  reconnu le « flop stérilisant » qui a suivi la demande. 

Pourtant Mrg Durocher « a fait des liens importants entre la violence faite aux femmes dans le monde et une vision religieuse qui soutient leur assujettissement. Son appel à une prise de position claire de l’Église contre la domination des femmes a tout d’un appel à un changement de culture, pour l’Église et au-delà. » ( voir la déclaration en notes )
Ce lien est très pertinent à tous points de vue, social , conjugal et familial ( la position de la fille )
Et sous nos latitudes, du fait de l’actualité, on voit bien que la femme  serait la principale victime du choc culturel qui découlerait de la crise migratoire sur notre territoire européen. L’industrie, l’économie s’en trouveraient bénéficiaires  disent les économistes,  mais il n’est pas sûr que la condition féminine au travail  n’en ressente pas les contrecoups culturels.  Tout dépendra des résultats économiques en termes d’emplois. Certains commentaires sur le net ne sont guères rassurants.
D’autre part, je pense inutile de rappeler que pour l’Islam, avec lequel il va falloir compter,   la femme n’a pas de personnalité juridique distincte de celle de la famille, elle appartient au père, à l’époux, au frère .Peu de gens, en parlent, c’est pourtant fondamental et ce n’est pas être raciste que de le dire.

Est il bon de laisser dépendre toute l'évolution de la condition féminine au seul domaine du social  du profane ?  Comment faire pour ne pas reconnaître que les femmes doivent  tout à ce dernier  et que depuis longtemps l'Eglise joue "l'interdit" envers et contre toute raison ? 
L’Eglise a un rôle à jouer dans ce domaine. J’en appelle à votre discernement pour accomplir l’Evangile dans tous les domaines de la vie et en "témoigner"  dans celui de la condition  féminine. 


Hélas, je sais par expérience  que les femmes sont les pires ennemies des femmes et que peut-être certaines  de celles que vous interrogez sur le sujet sont réticentes et nous  condamnent .  Vieux réflexe de soumission : trancher  lorsqu’on est entravée, le "mollet"   de qui veut se libérer  et courir.
"Ces femmes  ont peur de la transgression et restent dans un rôle très flatteur entretenu par la hiérarchie. Ainsi Jean-Paul 2 disait aux femmes «  Ne vous plaignez pas, vous avez la meilleure part, vous êtes dans le cœur de Dieu. Laissez-nous la petite intendance de gouverner. » Ce discours marche très bien …" (Anne Soupa") Et puis c’est si facile de ne pas provoquer le débat et de ronronner !
J’aime particulièrement le « laissez nous la petite intendance de gouverner «  car je me demande ce que ferait la hiérarchie sans les petites mains qui sont dans le cœur de Dieu.
Cela me fait penser à Françoise Héritier – anthropologue élève de Lévis Strauss – et sa théorie de la « valence différentielle des sexes ».

Rien n’est anodin. Tout a un sens, surtout  l’injustice proclamée comme raison et comme préférence divine.  Alors quel sens ?  
Serez vous en mesure d'apporter une réponse à cette demande, en toute liberté, loin des interdits qui stérilisent la pensée et les élans du coeur,  sous le seul  regard de votre conscience et des Ecritures  ? 
Nous attendons des signes, une parole....
  
 Pourtant, il y en a des signes et des paroles dans les écritures..... 

Marie et Elisabeth par le peintre ARCABAS 
L’Evangile du jour nous a présenté Marie partie en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth  Or, lorsqu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Elisabeth fut remplie du Saint Esprit.
Il y a là tant à méditer. 
 -Quelle magnifique liturgie. Marie, la « servante du Seigneur »   que l’ombre du très haut a fécondée se rend libre comme l’air, et court chez Elisabeth, vieille femme sur le retour que l’on disait stérile et qui pourtant en était déjà à son sixième mois !
 -Quelle dynamique : La « servante du Seigneur » court vers la réprouvée de la société…enfin  féconde contre tout diagnostique  humain (contre toute petite intendance)   car « rien n’est impossible à Dieu ». On est loin de « la femme doit comme Marie, se taire et garder tout en son cœur ».
 - Sommet de la liturgie , l’enfant a bondi d’allégresse dans le sein d’Elisabeth : «  bien heureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ».



Ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira !!!!!

Les femmes usées par des siècles de servitude retrouvent la capacité  de créer, d'oeuvrer, de participer , d'être enfin elles - mêmes pour le bien de tous....

Et c’est enfin le splendide Magnificat, où se retrouvent toute la tradition de l’Ancien Testament et la projection de l’avènement à venir « il a élevé les humbles, les affamés, il les a comblés de bien et les riches, il les a renvoyés les mains vides. « …
Fécondes pour le monde et l'Eglise, ces affamées sont comblées de bien et  les riches, il les a renvoyés les mains vides.




En guise de conclusion, je ne peux résister au plaisir de copier le commentaire de Prunelle et Tatoue sur le texte du blog  publié par Mgr DUROCHER

« Votre commentaire si juste ouvre l'Église au monde présent où les femmes occupent des postes clefs dans divers champs d'action! Souhaitons qu'il ait de l'écho et des suites favorables... Sans quoi, l'on passe à côté de la réalité et l'Eglise va rester un "boys club" de plus! Le Christ ne l'avait pourtant pas vue ainsi...
Un boys club de plus !!!  Dans les premiers temps de l’Eglise, il semble que ce n’était pas le cas…Mais actuellement ?
Soyez rassurés j’aime les « boys », mais pas ainsi…. Je les aime comme  je les  côtoie   dans le monde comme je les vois chez  vos prêtres  où ils se révèlent souvent beaucoup plus ouverts et coopératifs  que certaines femmes et surtout que le Magistère catholique.

Paix sur la terre aux Hommes de bonne volonté.



Jacqueline Lach-Andreae







Les statistiques les plus récentes de l'Organisation mondiale de la santé révèlent ce fait troublant: encore aujourd'hui, près d'un tiers des femmes dans le monde sont victimes de violence conjugales. Pourtant, dans Familiaris Consortio, le Saint Pape Jean-Paul II avait lancé un vigoureux appel : « Je demande à tous de s'engager dans une action pastorale spécifique plus vigoureuse et plus incisive afin que les offences à la dignité de la femme soient définitivement éliminées. » Malheureusement, plus de trente ans plus tard, les femmes continuent de subir discrimination et violence au mains des hommes, y inclus de leurs époux.
Devant cette triste et dramatique réalité, je propose que ce Synode affirme clairement qu'une interprétation correcte de l'Écriture sainte ne permet jamais de justifier la domination de l'homme sur la femme. En particulier, ce Synode devrait affirmer que les passages où Saint Paul parle de la soumission de la femme à son mari ne peuvent pas justifier la domination de l'homme sur la femme, encore moins la violence à son égard.
Mais il faut aller plus loin. Pour manifester clairement au monde l'égale dignité des femmes et des hommes dans l'Église, nous devrions reprendre la réflexion du Pape Benoît XVI dans son discours au clergé romain en mars 2006 lorsqu'il a dit : « Il est juste de se demander si, dans le service ministériel... on ne peut pas offrir plus de postes, plus de positions de responsabilité aux femmes. »
Je propose donc trois autres pistes d'action à ce Synode.
1. Que ce Synode considère la possibilité d'octroyer à des hommes et des femmes mariés, bien formés et accompagnés, la permission de prendre la parole lors des homélies à la Messe afin de témoigner du lien entre la Parole proclamée et leur vie d'époux et de parents.
2. Qu'afin de reumer des postes décisionnels dans l'Église, ce Synode recommande de nommer des femmes aux postes qu'elles pourraient occuper dans la Curie romaine et dans nos curies diocésaines.
3. Enfin, concernant le diaconat permanent, que ce Synode recommande l'établissement d'un processus qui pourrait éventuellement ouvrir aux femmes l'accès à cet ordre qui, comme le dit la tradition, est orienté non ad sacerdotium, sed ad ministerium.




vendredi 3 juillet 2015

Exclusion ou l'extrême violence de la tentation de la main mise sur l'"Autre"......


Un bel article très argumenté . Il est d'une médiéviste..... à méditer.
Filles et garçons à l’autel
Véronique Beaulande : 06 juin 2015
Article paru sur le site du

Parmi les arguments utilisés pour justifier l’exclusion des filles du service de l’autel, qui tous, je l’avoue, me semblent abscons, il en est un qui m’a toujours fait penser au Moyen Âge (ceci dit sans aucun mépris pour le Moyen Âge, même si moi qui le fréquente beaucoup, vous me voyez bien aise de ne pas y vivre) :

Il paraîtrait que laisser des filles servir à l’autel aux côtés des garçons, à l’âge de l’adolescence, risquerait de troubler ces derniers. Si, si. Les hormones, que voulez-vous, et la nature masculine. (Vous ne l’avez jamais lu ou entendu ?

voyez ici : HYPERLINK "http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=86&t=10962&start=45"http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?f=86&t=10962&start=45 )

Loin de moi l’idée de nier que l’adolescence est une période parfois délicate pour ces jeunes, notamment en termes de pulsions sexuelles. De là à faire des adolescentes une image du péché pour les adolescents, ou à tout le moins la cause de maladresses inévitables, je trouve qu’on pousse le bouchon un peu loin. Et surtout, même en admettant que, pourquoi écarter les adolescentes et non les adolescents manifestement jugés incapables de se maîtriser ?

Quel rapport avec le Moyen Âge, me direz-vous ? Philippe de Novare, un noble italien qui vécut au XIIIe siècle, écrivait ceci : « Aux femmes, on ne doit pas apprendre à lire ni écrire, sauf si elles doivent devenir nonnes, car par la lecture et l’écriture de femme, il est advenu maintes mauvaises choses. Certains oseront leur donner ou leur envoyer des lettres ou les faire jeter devant elles, qui contiendront des folies ou des requêtes, en chanson, en rimes, ou en contes, qu’ils n’oseraient demander ou dire de vive voix, s’il n’y avait un message à envoyer. Et même n’eût-elle nul désir de mal faire, le diable est si subtil et si habile à faire pécher, qu’il la mettrait bien vite en situation de lire les lettres et d’y répondre. Quelle que soit la réponse, faible ou forte, en vue de l’anéantissement de l’ennemi ou pour signifier la faiblesse de la nature de la femme, des lettres plus louanges que d’autres finiront par mettre à mal la femme. »

Passons sur « la faiblesse de la nature de la femme » – pensée « moyenâgeuse » s’il en est –, voulez-vous. Vous trouvez peut-être que ce texte use d’arguments inverses de celui que j’évoquais à propos des filles écartées du service de l’autel : pour Philippe de Novare, les garçons incitent les filles à pécher, les garçons troublent les filles, non l’inverse. Certes. Mais la logique est exactement la même : il ne vient absolument pas à notre nobliau du XIIIe siècle l’idée saugrenue de déconseiller l’apprentissage de la lecture et de l’écriture aux garçons. L’important est que les filles ne puissent pas lire, pas que les garçons ne puissent pas leur écrire des sottises. La logique de ceux qui écartent les filles du service de l’autel est la même : il ne leur vient pas à l’idée d’en écarter les garçons. Priver les filles d’un apprentissage, chez Philippe de Novare ; priver les filles d’une forme du service divin, chez certains de nos contemporains ; pour préserver le droit des garçons à bénéficier de cet apprentissage et à faire ce service (je déteste utiliser la notion de « droit » pour évoquer un service liturgique ; mais à partir du moment où il y a bien mise à l’écart d’un des deux sexes pour que l’autre sexe puisse « être tranquille » dans ce même service, je ne vois pas comment envisager le sujet autrement).

J’invite d’ailleurs les messieurs à se révolter aussi contre l’image que ces historiettes véhiculent de leur genre : séducteurs ou trop facilement séduits, dans les deux cas incapables d’être éduqués à se bien comporter avec la gente féminine ! Là encore, passons ? Non, retour au Moyen Âge :

Pour Philippe de Novare, « l’on ne doit apprendre aux femmes durant leur enfance aucun métier pour comprendre pas plus que pour penser ». Ceci me fait penser, pour le coup, à un autre argument pour écarter les filles de l’autel : les garçons, honteux de faire un service que les filles font, ne souhaiteraient plus être enfants de chœur de peur de devoir cohabiter à l’autel avec ces êtres tellement inférieures à eux (ou au moins tellement différentes qu’on n’ose les approcher ; c’est un « truc de filles ») – et il faudrait les comprendre, tellement c’est « naturel » (oui, on sait, c’est erroné ; mais cette erreur est toute naturelle « à leur âge » et il ne faut pas traumatiser ces jeunes gens ; voyez le site déjà cité, et là, la question-réponse B5 HYPERLINK "http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.questions.cadre.html"http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.questions.cadre.html).

Allons, même Philippe de Novare pensait qu’aux garçons, on pouvait bien apprendre un métier « pour comprendre et pour penser » : au lieu d’écarter les filles, qui, notons-le, supportent très bien de servir à l’autel auprès d’un homme et de garçons en robe, éduquons ces derniers (les garçons ; voire parfois l’homme en robe…) à l’égalité des genres. Et renvoyons Philippe de Novare à ses chères études et à ses idées… médiévales.



Véronique Beaulande, docteur en histoire du Moyen Âge

PS : Le Moyen Âge n’a jamais été univoque : ne croyez pas que tous les médiévaux partageaient l’opinion de Philippe de Novare ! On en reparlera sans doute.


mardi 23 juin 2015

Fulgurances féminines ?


Le 25 Mars 2010 Le Comité de la Jupe faisait paraître un article intitulé   "Fulgurance féminine".

 On pouvait y écouter  Élisabeth Dufourcq, docteur en sciences politiques, ancienne secrétaire d’Etat à la recherche, et auteure d’une magistrale et remarquable « Histoire des chrétiennes, l’autre moitié de l’Evangile. » (Bayard 2008) interviewée par Evelyne Montigny pour le site Croire.com . 
 Interview fulgurante de 15 minutes à consulter sans délai pour alimenter les réflexions personnelles de chacun…
Description :
  1. Pourquoi « l’autre moitié de l’Evangile »? Les femmes ont-elles une autre perception de l’Evangile que les hommes ?
  2. Est ce que le Christianisme aurait pu exister sans les femmes ?
  3. A quel moment de l’histoire, l’institution  devient-elle une affaire d’hommes ?
  4. Vous  évoquez une fulgurance féminine : comment s’exprime-t-elle à travers les siècles ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
  5. Est-ce que ce livre a changé quelque chose dans votre façon d’être chrétienne ?

Pourquoi ai je sorti cet article des archives du Comité de la Jupe, pour deux raisons :

1°)Lorsqu'on peut constater ça et là  un retour à certains archaïsmes par soucis d'affirmer  une identité catholique, la crainte du  fondamentalisme s'impose. Or l'histoire nous l'enseigne la femme en est toujours la première victime.

2°)On s'habitue tout doucement à ces rétrécissement d'espace accordé aux femmes dans l'Eglise , on s'y habitue car ils sont indolores et que tant et tant de problèmes interpellant l'Institution   on accepte que les choses soient remises au lendemain. 
Or, il n'en n'est rien, il n'y a pas de "lendemain qui chante" pour la femme catholique, la porte a été fermée par Jean-Paul II. Il ne lui  reste plus que la plume, la parole, et une incroyable patience doublée d'une solide détermination. 

dans ses verts pâturages il m'a fait reposer

"Mais ce que femme veut" dit le dicton, "Dieu le veut" .
Au fait, s'est on penché, un seul moment,  sur la volonté de Dieu  dans ce domaine ? 
Si on lit bien les évangiles, il est rapporté d'incroyables manifestations de familiarité de Jésus à l'égard des femmes, une familiarité totalement réprouvée par les Juifs de son temps et totalement incomprise de ses disciples hommes. D'ailleurs, ils n'ont pas attendu, dès les Actes des Apôtres, elles passent à la trappe.


Aujourd'hui on nous répond une lecture fondamentaliste du choix des 12 apôtres, en oubliant de rappeler que cette lecture d'exclusion concerne uniquement  les femmes, alors qu'elle  n'a ( fort heureusement !!!!!) ni souci de race ou d'identité culturelle. 

 Et dans ses eaux limpides, il m'a désaltérée
12 : quel chiffre magnifique d'universalité : les douze tribus d'Israël ....!!!!!
Serions-nous pauvres femmes exclues de "l'Universalité"?
 Les femmes représentent plus de la moitié des laïcs qui se dévouent dans l'Eglise....Jusqu'à quand serons nous exclues ?
Ecoutez Elisabeth , les femmes doivent se préparer à prendre une relève dans une situation de manque  de prêtres  qui se révélera de plus en plus critique.
  
Lisez :" l'Histoire des chrétiennes - l'autre moitié de l'Evangile". Elisabeth DUFOURQ
 Lisez : "Douze femmes dans la vie de Jésus" d'Anne SOUPA
Lisez :  " Le Déni" de Maud AMANDIER  et Alice CHABLIS  et la très belle préface de Joseph MOINGT 
Lisez : "Ludmila Javorovà -Histoire de la première femme prêtre"
de Suzanne YUNC - Histoire tragique. 
et beaucoup d'autres encore. Nous en reparlerons.

Prenons conscience qu'il peut y avoir une tentation de fondamentalisme dans les religions monothéistes et aussi dans l'Eglise catholique bien sûr, et qu'à chaque fois ce " sont les femmes qui en font les frais".
Eh oui, je me répête.....!!!!!!

Jacqueline Lach-Andreae






(autres renseignements biographiques concernant Elisabeth DUFOURQ ici )

lundi 22 juin 2015

la sexualite humaine : une voie à deux.

Belle contribution au Synode de la Famille  du Docteur Claudine Onfrey Gynécologue spécialisée en stérilité , membre  du bureau de la DCBF ( Diaconie de la Conférence des Baptisés Francophones ) et de Jean Garnier -Biophysicien - directeur de recherche honoraire .



La sexualité humaine : une voie à deux 

Le synode sur la famille évoque la sexualité au travers du prisme d’hommes ayant choisi la chasteté, le célibat à vie et l’absence de vie familiale. C’est donc une vue très biaisée par une méconnaissance bien compréhensible de la sexualité d’une femme et d’un couple, confortée par des millénaires d’interdits sexuels ayant pour finalité la soumission de la femme, avec la peur de la tentation que toute femme peut représenter pour leurs vœux.

Or, dans la relation entre époux, l’entente sexuelle joue un grand rôle : une bonne entente sexuelle est source de joie et de bonheur, elle est une aide précieuse dans les difficultés de la vie quotidienne du couple. Une mésentente en ce domaine est source de souffrance et de division.



Pour autant, la sexualité ne doit être ni idéalisée, ni diabolisée. C’est dans ce domaine que se fait la fracture la plus grande entre l’Institution et la vie des baptisés. On a pu remarquer en novembre dernier que les points qui ont fait le plus de divergence, c’est justement pour les divorcés-remariés et les homosexuels l’exercice de la sexualité, en fait sous son aspect génital.

Pourtant, l’exercice de la sexualité est une fonction physiologique comme le manger, le boire, le dormir, que l’être humain va décliner de mille façons. Il débutera par le plaisir ressenti de façon fortuite, puis la recherche solitaire de ce plaisir par la masturbation en l’absence de partenaire, chez l’humain comme chez les mammifères. Mais la sexualité humaine a ses propres caractéristiques biologiques. Elle est indépendante des saisons, elle ne se développe réellement que douze à quinze ans après la naissance contrairement à nos cousins les primates dont la maturité sexuelle est atteinte au bout d’environ trois ans. Dans nos générations actuelles, la période féconde de la femme ne représente guère qu’un peu moins du tiers de son espérance de vie mais la ménopause n’entraîne pas chez elle l’arrêt du désir sexuel, parfois même il se renforce. La fréquence des activités sexuelles varie beaucoup d’une personne à l’autre, de nombreux facteurs interviennent, certains d’ordre physiologique, d’autres d’ordre circonstanciel. Cela posé, comme pour les autres fonctions physiologiques, il faut souligner l’influence de la culture, dont la religion est une composante, qui peut libérer ou asservir l’individu dans sa sexualité.



La sexualité humaine ouvre également à une autre dimension, celle de notre vie relationnelle dont elle constitue le fondement. En effet, elle est source d’attirance et d’intimité entre deux personnes. Elle permet de donner du plaisir et de la tendresse à celui ou celle que l’on aime. On peut appliquer à la sexualité le précepte de prendre soin de soi et de l’autre : « C’est là la Loi et les Prophètes. » (Mt 7, 12, Lc 6, 31) Elle doit s’accompagner d’une éthique, celle de respect, de justice et de bienveillance mutuels, quelle que soit l’orientation sexuelle. Des théologiens ont réfléchi sur cet aspect relationnel de la sexualité (voir par exemple Sr. Margaret A. Farley dans « Just Love : A Framework For Christian Sexual Ethics »). Enfin si une procréation est envisagée, elle doit être responsable.



La sexualité féminine, encore trop méconnue, se distingue de celle de l’homme par ce qu’elle demande pour être épanouie plus de temps, un esprit apaisé, un corps reposé. On parle bien du devoir conjugal, du repos du guerrier. Ces deux expressions classiques en disent long sur le fantasme d’un désir, permanent chez l’un et moins évident chez l’autre. Qui évoque les douleurs du ou des premiers rapports ? La culpabilité, la mémoire de relations difficiles et la peur de la douleur entraînent plus d’une fois une frigidité. Qui évoque le pourcentage normal de femmes dont l’hymen ne se rompt que lors du premier accouchement, entraînant absence de saignement lors du premier rapport et persistance longtemps de douleurs lors de ceux-ci ?



Est-il si évident d’ailleurs que la virginité au mariage soit la bonne solution ? On peut voir comment les jeunes générations ne la respectent plus. A contrario, une première relation sans amour, un viol, un acte pédophile et aujourd’hui l’approche par internet de la sexualité chez les jeunes peuvent laisser des blessures à vie.



Le désir d’activité sexuelle est lié de façon forte au plaisir que l’on en ressent et à la mémoire de ce plaisir. Car cette notion de plaisir gratuit est omniprésente dans l’activité humaine : de la grotte de Chauvet et ses peintures jusqu’aux arts multiples développés par l’Homme depuis la nuit des temps.

Vouloir réduire la sexualité d’un couple à la sexualité génitale est un non-sens. C’est réduire les gestes d’amour conjugaux à un temps très court. La sexualité d’un couple est présente à chaque instant. Elle a mille couleurs pour s’exprimer, les caresses, les gestes, les regards, la tendresse, l’attention à l’autre, le prendre soin. Quand la sexualité génitale n’existe plus ou ne peut exister, un couple n’est pas et ne devient pas frère et sœur. Et si l’enfant est le plus souvent le souhait de la majorité des couples, il n’en est pas chez l’être humain la seule finalité comme dans le monde animal.



Le corps humain est un instrument complexe et sensible qui lui permet d’entrer en lien avec l’autre et le monde. Dans le couple qui s’aime, la découverte de l’autre est progressive. Le plaisir dans un couple est une alchimie qui doit être apprise et sans cesse renouvelée non de façon égoïste mais parce que cela construit le couple. Dans le couple chacun peut apprendre peu à peu ce qui comble l’autre mais il restera toujours une part de mystère. De plus, le chemin de la vie est long, semé d’embûches et ce qui semble être évident sera à reconquérir. L’homme, la femme ne sont pas des robots, des machines réglées selon le même rythme. Ils sont deux instruments qui doivent s’accorder au fil du temps mais ils jouent la partition de la vie, de leurs vies.

Heureux celle ou celui qui croit que l’être aimé peut combler le manque qui est en elle ou en lui. Heureux celle ou celui qui laisse un espace de liberté à l’autre.



Claudine Onfray et Jean Garnier

L’une ex-embryologiste gynécologue spécialisée en stérilité, l’autre directeur de recherche honoraire, biophysicien.

La Sexualité humaine : une voix à deux. | Contribution n°14 au Synode sur la famille.
http://baptises.fr/…/contribution-n%C2%B0-14-au-synode-sur-…