samedi 9 février 2013

le V-DAY. Vous avez dit le jour du Vagin ?



Et si nous  nous engagions à fonds dans la protestation contre les violences faites aux femmes ?

 Lorsqu’en  1994, Eve Ensler adapte son livre « Les Monologues du Vagin » pour en faire
une pièce de théâtre, elle ne savait pas encore que  quatre années plus tard, un soir de Saint Valentin elle pourrait fonder un mouvement féministe  de lutte contre les violences, le V-DAY.
 
Elle a pu  « mettre au monde «  ce projet grâce au succès mondial  de la pièce où seule sur la scène d’un petit Théâtre new-yorkais elle donne chair aux confidences des femmes ».

Le vagin : c’est uniquement féminin, c’est en creux, c’est un trou. ( Sartre et les autres )
Le vagin, c’est  tabou, on  n’en parle qu’à son gynéco,
Inter faeces et urinas nascimur, écrira Saint Augustin
Dans toutes les langue , le nom des organes génitaux de la femme est une injure…
Le vagin ce n’est qu’un organe comme un autre m’écrivit un jour un homme…balayant d’un revers de main  mes revendications..


Et pourtant que d’histoires intimes dans ce vagin, que de souffrances, que de violences et que je joies aussi.  En fait l’histoire de l’humanité.
Les femmes s’y sont reconnues, et bien des hommes à l’intelligence sensible aussi.

Hélas, l’actualité se fait plus souvent l’écho des souffrances que des joies, on le sait bien  le bonheur n’a pas d’histoire.
C’est pourquoi nous nous attardons plus, aujourd’hui,  sur les incroyables sévices que les femmes peuvent endurer. Nous avons parlé du cri des femmes du KIVU violées depuis 17 ans dans le silence très officiel des responsables politiques mondiaux et des Eglises. Nous avons évoqué les souffrances des femmes  que je qualifierais de « tous les jours » des anonymes de nos villes et de nos cités.  Il est bon, aujourd’hui,  de déboucher sur quelque chose de concret.

Alors que faire ?   Il y a des réponses. Pourquoi pas le V-DAY ?

Dans son manifeste Eve écrit   :
« Nous voulons reconnaître  ces femmes (…) Dans chaque communauté, il y a d’humbles activistes qui oeuvrent chaque jour, au coup par coup, pour détruire la souffrance. Elles sont assises auprès des lits dans les hôpitaux, elles font voter des nouvelles lois, elles scandent des mots tabous, elles rédigent des pétitions ennuyeuses, elles récoltent  des fonds, elle manifestent ou défilent dans  les rues . Elles sont nos mères, nos filles, nos sœurs, nos tantes, nos grands-mères, nos meilleures amies.



« Chaque année autour du 14 Février, Eve Ensler cède les droits des Monologues à toutes les femmes qui souhaitent jouer la pièce  à condition de s’engager auprès du mouvement V-Day ,  à   lui reverser 10 % des recettes de la pièce  et de répartir les 90 % restants entre différentes associations locales. » - le blog de Bernard Ugeux –La vie du

 Depuis 2003, 85 millions de dollars ( 66 millions d’euros ) ont été levés pour financer différents projets, parmi lesquels, en 2011,  la Cité de la Joie à BUKAVU,  - le lieu même de toutes les  exactions montrées du doigt par Bernard UGEUX et le Cri des Femmes du Congo.
Les femmes y sont logées et formées par petits groupes durant six mois.  La Cité a été en partie construite par les femmes grâce à un financement de l’UNICEF.

« C’est l’endroit le plus joyeux  qui m’a été donné de connaître »  raconte Eve dans une interview accordée au très  britannique  « The Guardian » .
«  Je me suis rendue dans beaucoup d’endroits où les femmes souffrent mais celui-ci est bouleversant, penser qu ‘au 21 ème siècle on peut être traité avec autant de violence au vu et au su du monde entier est intolérable. » Blog B. Uguex- 8 février 2013- LA VIE-.

A l’entrée de la Cité : « Dix voies pour changer la douleur en pouvoir ».
1-Dites la vérité.
2- Arrêter d’attendre qu’on vous prenne en charge - Prenez l’initiative.
3- Connaissez vos droits
4- Brisez le silence
5- Partagez ce que vous avez appris.

La violence a de multiples niveaux d’actions, depuis le plus insidieux, jusqu’au délire de toute puissance qui appelle à la négation et l’anéantissement de l’Autre.
Pour la déceler, y résister, la combattre,  c’est toute une éducation qu’il faut « entamer ».
Ne soyons pas naïves, ce n’est pas facile. A chaque prise de position répond une décharge de réponses à caractère accusatoire et culpabilisant, quelques fois franchement méprisant., souvent émanant   des plus hautes sphères.
Pour entrer dans ces voies et donner de la voix
-       il faut être plusieurs, se reconnaître liées par un lien fraternel  de solidarité qui soutient les plus faibles.
-       Il faut engager une action à long terme, procéder lentement mais avec régularité et y penser très longtemps à l’avance.

Nous vous invitons à « penser » dès maintenant   le V- DAY – 14 Février 2014- ou à concocter très rapidement quelque trésor de créativité.
Femmes à vos plumes, vos camera, vos pinceaux, vos harpes et claviers. et vos blogs.

« Toute femme a en elle  une guerrière qui attend de naître. Pour permettre à un monde sans violence d’exister, dans cette époque de danger et de folie grandissante, nous leur demandons de se montrer au grand jour » dit Eve Ensler.

En attendant, si vous ne l’avez déjà fait, allez écouter les « Monologues du Vagin », vous ne le regretterez pas. On y rit beaucoup.

 Jacqueline LACH-ANDREAE
Le 9 Février 2013









lundi 4 février 2013

A ceux qu'on foule aux pieds.......


J’ACCUSE…
« Aujourd’hui, Mesdames, Messieurs, c’est le monde que j’accuse d’avoir ignoré ce drame.
J’accuse mon pays d’origine de bafouer ainsi ses filles et  j’accuse la société de faire encore des différences entre hommes et femmes. »


La défense des droits de la femme a trouvé une avocate.
Une jeune lycéenne  Majda EL ALAOUI a convaincu l'auditoire de la  16 ° édition du concours lycéen de plaidoiries pour les droits de l’Homme .
Elle a seize ans,
« Sans la moindre note, écrit le quotidien LA CROIX,  seule sur scène, dans le grand hall du Mémorial de Caen, cette élève de 1re littéraire a vaincu son trac pour dénoncer une législation en vigueur en  Afrique du Nord et dans certaines contrées du Moyen-Orient qui permet à tout violeur de « racheter » « son crime et l’honneur de sa victime en l’épousant ».
Elle a reçu le premier prix du jury que présidait l’humoriste Patrick Timsit et dans lequel la rédaction de « La Croix » était représentée. " 


Ecoutons la :

« Aujourd’hui, une jeune fille de 15 ans s’est donné la mort.
Encore une qui n’a pas survécu à l’adolescence me direz-vous. Seulement voilà, cette adolescente avait des préoccupations qui n’étaient vraiment pas de son âge. Toute la journée, elle attendait le retour à la maison de cet homme qu’elle devait désormais appeler 
« mon mari ». Non, elle n’a pas fait cette folie que d’épouser son amoureux du moment. 
Non, elle n’a pas choisi qu’elle appellerait cet homme ainsi. C’était là, posé devant elle et elle n’a pas eu le choix.

C’était là, posé devant elle, et elle n’a pas eu le choix.

« Cette adolescente, c’est Amina EL FILALI. Amina a été mariée  à son violeur alors qu’elle n’était qu’une enfant. Et comme si cela ne suffisait pas, elle a été battue pendant un an par son mari »
Violée et mariée à son violeur.

En effet,  depuis toujours, il existe une loi en Afrique du Nord et dans certains pays du Moyen-Orient. La loi 475 du Code Pénal qui autorise un violeur « à épouser sa victime sous prétexte de lui rendre son honneur et d’échapper lui-même à la prison. »

La jeune femme n’a pas eu le choix, dans son désespoir, elle s’est suicidée.
Le mari a témoigné, mais n’a pas été accusé…

« Après avoir déclaré que la belle-famille était responsable de la mort de la jeune-femme et que leur mariage était un accord des deux parties, il a été relâché et vit aujourd’hui paisiblement au nord du Maroc, dans la campagne de Larache. »

Dérangeant cette légalisation du viol, n’est-ce pas ? « Pourquoi ? »

La jeune femme est elle seulement victime d’une société qui fait des différences entre les hommes et les femmes ? Ou y –a-t-il autre chose ?

La nouvelle Constitution du Royaume du Maroc, votée en 2011 énonce par son article 19 que l’homme et la femme jouissent à égalité des droits et libertés à caractères civil, politique, économique, social, culturel et environnemental.

Le Code Civil du Maroc pour tout ce qui concerne la famille applique les lois dictées par la religion. Or, lorsque Majda EL ALAOUI lit le Coran, elle constate qu’il est « préconisé » d’avoir son avis avant de marier une femme vierge, et qu’on n’a pas le droit de marier de force une veuve ou une femme divorcée.

Alors de quoi et de qui est victime la jeune Amina ?
Victime de la loi 475 du Code Pénal répond elle,  en contradiction avec  l’article 19 de la nouvelle constitution de 2011. Mais aussi d’une société malsaine dans laquelle sans pots-de-vin on ne peut pas obtenir une véritable justice.

« Il n’existe aucune statistique qui prenne en compte le nombre de vies brisées par ces pratiques ancestrales. Qui peut dire combien de timides mariées sur la photo ont d’abord été violentées par leur époux et négociées pour l’honneur de leur famille ? »


Aujourd’hui les pays arabes sont à un tournant.

Les femmes ont pris conscience de leur égale dignité de droit.
Les féministes marocaines se sont battues pour révéler au grand jour cette loi ancestrale qui bafoue les droits des femmes.
Que les femmes puissent s’émanciper demande Amina, que l’éducation leur permette  une insertion dans tous les domaines de la société, qu’elles atteignent la parité, car «  il n’est plus possible d’attendre encore d’autres crimes d’honneur comme celui d’Amina EL FILALI pour faire changer les choses. »



Il n’y a pas de traditions familiales chez nous qui appellent à laver un crime d’honneur par le mariage, mais il y a  m’indique une de nos correspondantes :

 75 000 femmes violées en France chaque année.
10% de plaintes déposées
2250 victimes, soit 3% ont droit à un procès pénal.
1% de condamnations des agresseurs,
= 72750 violeurs potentiels dans la nature.


-Il y a un problème avec l’attitude de l’ensemble des acteurs sociaux et de la justice, des responsables religieux.


Nous sommes toutes des Amina FILALI, des femmes du Congo, … mais le pudique détournement des regards de ces violences qui accablent un si  grand nombre de femmes, ne recèle-t-il pas aussi  un problème chez les femmes françaises ?
N’y a-t-il pas dans cette pudeur, un renoncement un peu égoïste à témoigner contre le machisme violenteur et tous les patriarcats solidements ancrés dans les religions ?

N’y a-t-il pas un devoir de solidarité pour toutes les femmes ? Comment s’estimer "extérieure au problème" parce qu’on est protégée ?

« J’accuse » dit Amina.


Je retombe en ce deuil qui jadis m’étouffait
Personne n’est méchant  et que de mal on fait.
Victor Hugo
"A ceux qu’on foule aux pieds".



dimanche 20 janvier 2013

Il n'y a pas d'amour heureux.

Cher Ami Homo, cher Nathanael,



 A marche forcée, j'ai avancé sur le sentier de la loi.
A marche forcée j'ai lentement évolué, un pas en avant, un pas en arrière.
Alors, ce matin toute habitée de ton visage
Les mots d'Aragon se sont, avec  force., à moi imposés.
Ils  ont surgi de la béance de  l'écartèlement  de six mois d'étude, de controverses sur le projet de loi "Le Mariage pour Tous".


Vous êtes tous là autour de moi , Toi que j'ai croisé, Toi que j'ai aimé comme un frère, Toi que j'ai accompagné,  Toi le jeune homme que j'ai deviné sans le dire  , Toi qui t'es expatrié , toi qui est  resté silencieux et gêné.   Vous êtes tous là.


Et pourtant,
Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force 
Ni sa faiblesse ni son coeur . Et quand il croit 
ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix.

Croix d'être partagée entre le désir de te donner ce  bonheur qui a été mon bonheur  et la peur de perdre dans l'indifférencié ce qui a fait ma fortune , le mariage avec un homme.
Croix douloureuse traversée de retraits , de questionnements sans réponse.
 Il n'y a pas d'amour heureux.

 Ils sont tous là autour de moi, ils s'affrontent. Ils n'ont pas d'état d'âme. Gravés au fer rouge de leurs inébranlables convictions, les boucliers se heurtent.
Pour eux c'est un combat. Pour moi c'est une croix.
Les mots pleuvent comme balles sur champs de bataille
Armée de soldats de plomb, ils défilent la fleur au fusil en chantant.

Mais, rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force Ni sa faiblesse.
 Il n'y a pas d'amour heureux.

Projet de loi qui construit, projet de loi qui détruit ?
Egoïsme de ne vouloir partager, défense de ce qu'on a tant aimé ?

Ma vie.  Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir, désoeuvrés, incertains.

Qu'il est dur au couchant d'une vie d'abandonner l'image de ce matin radieux où  mon destin a été scellé  au destin d'un homme.
Qu'il est dur d'abandonner  une chaleur, le parfum d'une tendresse évanouie, d'un amour  enveloppé d'un voile de mariée.
Qu'il est dur d'abandonner ce qui rougeoit encore sous la cendre de l'absence.

Dites ces mots "Ta vie" et retenez vos larmes.
Il n'y a pas d'amour heureux.

En croix, mais bien vivante, je ne peux vous offrir que ce que je suis.
Ma vie est un douloureux divorce....

Il n'y a pas d'amour heureux. Mais je vous aime.


Il n'y a pas d'amour heureux

vendredi 11 janvier 2013

Ces rencontres qui nous construisent,

Ces regards qui nous détruisent.








"





LETTRE OUVERTE AUX FRANCAIS




Chers amis,

Puisque les souffrances se font cris, je voudrais ajouter le mien.
Non pour me faire plaindre, non parce que ma souffrance est invalidante
Non parce que je suis victime d’ostracisme
Mais surtout parce que j’ai mal à mon pays,  mal  à ma citoyenneté.

Je vais être claire. Un projet de loi qui jette dans la rue tant et tant de gens de toutes confessions, de toutes obédiences, de toutes sensibilités  n’est pas un bon projet, et je souhaite qu’il y en ait un nouveau qui tienne compte de ce mouvement.

La crise fragilise. Beaucoup ne savent pas ce que seront leurs lendemains.
Les entreprises ferment et jettent à la rue les travailleurs, les retraités dont les retraites sont modestes craignent de ne pouvoir boucler les fins de mois tant les charges augmentent à un rythme que jamais l’augmentation de leur retraite n’arrivera à rattraper. Les CDD sont le lot courant pour les jeunes, comment feront ils pour construire leur avenir dans une société où les banques ne prêtent qu’à ceux qui ne présentent aucun risque.

Ne nous trompons pas ce ne sont pas les bourgeois nantis, des catholiques homophobes  qui seront dans la rue. Ce seront des personnes « en mal-être », qui ne savent plus à quoi se raccrocher.

Ce seront des personnes qui mettent dans les valeurs clairement établies dans le Code Civil de la République leur confiance et leur adhésion.
Il y a quelque chose de  noble à demander que soient respectées les lois issues de la tradition républicaine de la France transcrites au fil du temps dans notre Code Civil.
N’oublions pas que celui-ci aura 200 ans le 21 Avril 2014 et a traversé bien des régimes, bien des révolutions et des guerres. Certes il a évolué au fil des transformations sociétales, mais jamais dans de les  proportions que le projet de loi propose.

Etienne Portalis,  un des rédacteurs du Code répondait à la question à quoi sert un Code Civil :
«  C’est un corps de lois destinées à diriger et fixer les relations de sociabilité, de famille et d’intérêts qu’ont entre eux des hommes qui appartiennent à la même cité ».

Je m’attarde sur «qui appartiennent à la même cité ».
Je m’y attarde car c’est à mes yeux ce qui motive les personnes du « Contre ».
Des milliers de gens considèrent comme un bien précieux cet héritage que le mariage traditionnel d'un homme et d'une femme  représente pour eux et s’y arriment en tant que  valeur fondement de la société à laquelle ils sont fiers d’appartenir. Ils cherchent dans les institutions des repères dans une cité en complète dislocation.
Je n’ai jamais aimé les croisades, les injonctions, les mots d’ordre, je m’y suis opposée et l’ai déclaré. Je suis une femme éprise de liberté qui suit sa conscience.
Mais je suis aussi une femme qui se voudrait fraternelle et si je comprend vraiment en profondeur le mal-être des homosexuels et cherche de tout mon cœur et de tout mon intelligence à faire qu’ils trouvent leur place en toute dignité, je peux aussi comprendre le mal-être des personnes qui se sentent partir à la dérive dans un monde qu’elles ne comprennent plus.

Dans cette crise nous devons établir l’unité du pays et non l’opposition d’un camps contre l’autre dans la société. Il en va à mes yeux de notre responsabilité de citoyens. C’est pourquoi je souhaite que le gouvernement revoie sa copie.

François Bayrou propose le terme « d’union reconnue » à la place de mariage ,  j’y souscris. Celle-ci pourrait bénéficier de la solennité  d’une union passée publiquement devant l’édile de la cité , poserait les principes de solidarité, de dignité et les droits y afférents, mais ne porterait pas ombrage à un mariage-traditionnel  que nous souhaitons garder dans ses formes et ses effets.

Jacqueline LACH-ANDREAE
Le 11 Janvier 2013






dimanche 30 décembre 2012

LAISSEZ NOUS VIVRE. LE CRI QUI VIENT DU CONGO


« C’est au nom des victimes, qui ne savent plus comment pouvoir nommer un Dieu qui semble s’être  absenté durant leur calvaire que nous osons écrire ces lignes .
C’est ainsi que débute l’une des lettres du dossier «  Laissez nous vivre » que nous a adressé le Père Bernard Ugeux, Père Blanc, profondément touché par ces souffrances.
 En effet, quelle parole adopter face à ce qui semble le mal absolu ? 

Au Kivu, une région à l’Est  de  ( RDC) martyrisée par près de 20 ans d’une guerre oubliée environ 500 000 femmes ont été violées par des groupes armés  et ont subies d’atroces  mutilations sexuelles. Les enfants nés de ces viols sont stigmatisés dans les communautés. Les familles vivent dans la peur.
Les Eglises congolaises ont dénoncé ces atrocités, elles ont créé des structures pour accueillir les victimes,  gèrent les écoles, s’occupent  des projets de développement, mais comment parler encore de Dieu à ces femmes qui ont vécu l’enfer ?

 Les communautés chrétiennes ont du mal à aborder la question.
« Il y a une lacune dans la pastorale », témoigne Bernard Ugeux  basé à Bukavu la capitale du Sud-Kivu.
Cet ancien professeur de théologie à l’Université de Toulouse décide alors de réunir l’été dernier à Bukavu, un groupe de réflexion de treize  personnes, dont des infirmières, des psychologues et des théologiens catholiques et protestants. Objectif : faire connaître la situation, mais aussi et surtout déboucher sur un document pédagogique sous formes de lettres.
Oeuvre d'un artiste Mayelé

Celui-ci est en ligne et téléchargeable.  LAISSEZ NOUS VIVRE- Cris des Femmes du Congo.
http://www.mafrome.org/Laissez_nous_vivre_GCRA_Bukavu.pdf

Nous vous invitons à l’ouvrir, il est destiné à tous.

En effet, la réflexion sur les sévices subis par ces femmes et ces enfants nous concerne tous. Elle  va beaucoup plus loin que la situation du Congo, elle nous renvoie à tous les viols collectifs perpétrés en temps de guerre.  Elle nous renvoie aussi à notre banal quotidien   où le viol est plus fréquent qu’on ne le pense.
Elle nous renvoie aujourd’hui à  l’étudiante victime d’un viol collectif mi-décembre à New Delhi. La  Fille de l’Inde ( India Daughter ) comme elle est désormais appelée,  devient ainsi la victime emblématique des violences faites aux femmes en toute impunité dans ce pays.


La question est lourde de sens. Elle touche à l’idée qu’on se fait de la Femme,  de la Justice  et de la Vie.

  • Comment redonner à ces femmes confiance et  dignité et les soutenir dans leurs efforts à  dégager  un avenir de leurs décombres ?
  • Comment les « extraire » de la gangue de honte qui les paralyse et les  fait muettes ?
  • Quel Seigneur de la vie et de la joie peuvent elles encore supplier, quelle confiance peuvent elles espérer ?
  • Quels mots, quel soin, quelle attention et quelle  possible espérance pourrons nous offrir pour qu’elles puissent à nouveau croire en une bonté d’homme, en la présence aimante du Dieu Très bas ?
  • Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un silence complice, saura dénoncer fermement ces violences barbares, ces injustices nées du pillage délibéré  d’un minerai rare considéré par l’industrie comme presque aussi précieux que l’or.

« Recouds les femmes et tais-toi » menace la soldatesque au médecin.
La violence sur ces femmes s'accompagne ainsi de menaces de mort pour ceux qui les aident. Ils les veulent seules, abandonnées, privées de parole.


Oserons nous  un geste prophétique ?  Qui saura à l’image du Père Ugeux et de son équipe leur redonner parole de dignité ?
Oserons nous tous ensemble  leur rendre témoignage ?
Oserons nous donner chair à nos difficiles  tentatives  d’accueillir  à  la lumière de la Vérité du Dieu fait homme   ces  souffrances de femmes humiliées. Souffrances muettes, vécues dans la honte et quelques fois le rejet.
Oserons en appeler à l’Eglise-Institution  et lui dire:  «  Ne sois pas comme David qui s’est tu quand sa fille Tamar a été violée par son demi-frère Amnon  » - « Expulsez cette fille de chez moi, et verrouille la porte derrière elle ! » a crié le violeur envahi par le dégout ( 2 Sam.13) de lui même, de la femme ?
Tes filles, notre Mère Eglise, sont souvent derrière la porte.
Protège les et  donne leur égale dignité de choix  afin que nul de tes fils, puissant ou misérable,  ne puisse avoir la tentation de  penser  que leur sexe leur donne un pouvoir de définition  sur ce qu’est une femme».
Ne laisse pas le frère violer la soeur. Il n'y a pas que des viols physiques et barbares, il en est de plus sophistiqués.
  



"LAISSEZ-NOUS VIVRE!" *le cri des femmes de la RD du CONGO, victimes des violences durant les conflits. Un document proposé pour l'accueil et le soutien des victimes par les communautés chrétiennes.